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De quoi « civilisationnel » est le nom

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Au-delà des relents colonialistes qui émeuvent les gens dans cette fameuse réponse de Macron au journaliste ivoirien, il y a toute une attitude généralement « négative », disons, des Européens, qui est, à mon avis, un véritable problème de civilisation, cette fois côté Europe. Cela me paraît tout à fait symbolisé par le cas de la migration.

Comme je l’ai noté ailleurs, la migration, celle que l’on appelle « économique », est un fait naturel d’une économique politique capitaliste mondialisée. On peut bien sûr faire des distinctions entre « refugiés » et « migrants économiques », mais c’est précisément dans la mesure où les refugiés constituent un phénomène circonstanciel et contingent, tandis que les migrants dits économiques sont une manifestation nécessaire du système capitaliste mondialisé. Les gérants prétendus du système ont essayé de faire en sorte que la mobilité nécessaire à son fonctionnement ne concerne que les capitaux et une catégorie de la population qui les sert ou qui légitime leur contrôle, et qu’on qualifie d’expatriés, non de migrants. Mais ils ont été « débordés ». Je mets les guillemets parce que ce soi-disant débordement n’existe qu’aux portes de certaines parties du monde, principalement l’Europe et l’Amérique du Nord. L’explication qu’en donnent les habitants de ces parties du monde est la suivante : « Nous avons travaillé dur, nous avons des vertus spéciales qui font l’admiration universelle, tout cela nous a rendus prospères et libres, et le monde entier veut venir chez nous profiter de toutes ces choses ». Evidemment, pour toute personne ayant une conscience historique du monde moderne, cette narcissique vision des choses apparaît, pour parler en manière de litote, des plus douteuse. C’est elle qui transparaît dans le propos de Macron, au sujet de la civilisation. Ce qui est postulé dans l’échec civilisationnel de l’Afrique, c’est la réussite civilisationnelle de l’Europe, qui fait qu’elle n’a pas les problèmes qu’a l’Afrique.

Pourtant, le fait est que s’il y a débordement aux portes du nord occidental, ce n’est nullement parce que le monde entier veut y aller, c’est parce que le nord occidental a fermé ses portes. Certes, bien entendu, beaucoup de gens veulent y aller. Mais beaucoup de gens veulent aller dans beaucoup d’endroits. L’immense majorité de ceux qui veulent aller en Europe n’ont aucune admiration particulière pour l’Europe : ce qui les attire, c’est la perspective d’opportunités économiques, exactement comme les « expatriés ». La direction et l’intensité des flux ne dépend pas d’une sorte d’attractivité universelle d’une partie donnée du monde, mais de deux facteurs principalement : l’activité du système capitaliste en terme de générations d’emplois et de redistribution des richesses, et la géographie. Le débordement, et donc la crise, ne se produit que lorsqu’on résiste à ces caractéristiques du système.

Pour comprendre ce point, prenons l’Afrique de l’Ouest, principale source subsaharienne des flux vers l’Europe. Les flux migratoires ouest-africains ne concernent pas uniquement l’Europe. Historiquement, ils étaient et reste largement concentrés sur des pôles ouest-africains, et cela était largement déterminé par l’activité du système capitaliste. On l’a oublié aujourd’hui, mais dans les années 1970, les entreprises automobiles françaises construisaient des voitures au Nigeria (Peugeot) et en Côte d’Ivoire (Renault). C’était là un signe, qui nous paraît aujourd’hui étonnant, d’une stratégie aujourd’hui défunte des grandes entreprises capitalistes, qui était créatrice d’emplois en Afrique et particulièrement dans certains pays pôles, comme le Nigeria et la Côte d’Ivoire à l’époque. Les retombées économiques étaient très variées et ont rendu ces pays attrayants pour d’autres ouest-africains. Il n’y a eu de crises que lorsque les gouvernements de ces pays ont soit adopté une vision politique qui requerrait que les « immigrés » soient exclus de l’économie (cas du Nigeria et du Ghana dans les années 70-80) ou, plus tard, lorsqu’ils ont été transformés indûment en boucs émissaires des faillites de l’Etat (Côte d’Ivoire dans les années 90). Indûment car la distinction entre Ivoiriens et immigrés était devenue purement artificielle et politique à ce moment là. Ce qu’il est important de remarquer, dans tous les cas, c’est que, d’un point de vue économique, l’intégration des « immigrés » dans ces pays n’a abouti à aucune crise, ce qui fait sens dans la mesure où leur arrivée augmentait et diversifiait la force de travail tout en accroissant le marché de consommateurs. Mais surtout, il y avait des mécanismes d’intégration qui passaient par le comportement généralement xénophile des sociétés accueillantes et le fait que les gouvernements n’interféraient pas. Cela continue d’ailleurs encore aujourd’hui. Le pays visé par la natalité galopante de l’Afrique est le Niger, mais les Nigériens sont la population ouest-africaine qui migre le moins vers l’Europe. Ils préfèrent largement l’Afrique de l’Ouest et, jadis, la Libye (je n’ai pas d’explication pour cela). Lors d’un voyage en Côte d’Ivoire en février, je louai une voiture pour aller voir la basilique de Yamoussoukro. Ma voiture tomba en panne dans un village à 80 km de la ville, et tandis que le garagiste du village essayait de la réparer, je me promenais dans le village. A un moment, j’entendis parler zarma, la langue dominante de l’ouest du Niger. C’était un boutiquier et son ami qui conversaient. Je m’approchai d’eux intrigué et engageai la conversation – apprenant ainsi que ce boutiquier, originaire de l’ouest du Niger, était établi dans ce village baoulé depuis 25 ans, rentrant cependant assez souvent au Niger. Il m’indiqua un quartier du village en disant qu’il n’était habité que de Nigériens. C’était effectivement le cas. Même les enfants qui jouaient dans les ruelles de cette partie du village parlaient zarma. Plus tard, j’allai m’asseoir dans le café du village où étaient rassemblés une bande de jeunes gens. Comme ils causaient en français, je pus comprendre ce qu’ils disaient et me rendis compte qu’il s’agissait de jeunes ivoiriens et nigériens, car le principal objet de la conversation était d’épiloguer en se moquant gentiment sur la chaleur torride du Niger. Il est certain qu’étant donné que la distinction entre Ivoiriens et Nigériens est perçue, un politicien démagogue qui se mettrait la chose dans la tête – comme le firent Bédié et Gbagbo – réussirait à empoisonner des relations aussi tranquilles et ouvertes. Mais la norme est certainement la xénophilie, même si, du fait des manipulations faustiennes de ces politiciens, la Côte d’Ivoire a acquis, pour un temps, la réputation d’un pays xénophobe.

Donc dynamisme économique et proximité géographique jouent à plein ici. Les pays pôles d’Afrique de l’Ouest ont eu tendance à décliner économiquement au cours des années 1990 et 2000, pour des raisons qui ont énormément à voir avec la manière dont les Occidentaux ont changé les règles du jeu capitaliste durant cette période. A noter que c’est aussi durant cette période que les Européens ont commencé à imposer des restrictions de visa très sévères à l’encontre des Africains. Des flux hors de la région Afrique de l’Ouest ont commencé à prendre de l’importance à ce moment là, mais pas forcément vers l’Europe, en dehors des flux historiques constitués par les Maliens et Sénégalais vers la France, ou les Nigérians vers la Grande-Bretagne. Une destination privilégiée, bien que dans certains cas plus lointaine que l’Europe, fut l’Afrique australe, Angola et Afrique du Sud en particulier. En Afrique du Sud, les Ouest africains ont créé tout le secteur de l’économie dite informelle, qui est essentiel aux besoins de service et de consommation de la population noire, rendue inhabile à susciter un tel secteur par les routines héritées du régime de l’Apartheid. Mais pour des raisons complexes, sur lesquelles je reviendrai peut-être, la culture xénophile, qui est un trait si fort des sociétés sub-sahariennes, est faible chez les Noirs d’Afrique du Sud (mais pas aussi absente qu’on le croirait en entendant les reportages sur les violences xénophobes visant essentiellement les immigrés sub-sahariens). Faible n’est d’ailleurs pas le mot : plutôt, déstructurée. Mais ce n’est pas le sujet. Plus proche géographiquement, la Libye devint une autre destination importante une fois que le colonel Kadhafi a développé une politique houphouétiste d’attraction de la force de travail étrangère (pas qu’ouest-africaine d’ailleurs).

Mais l’Europe étant aussi proche géographiquement, elle entra dans la liste des destinations. Seulement, les Européens réagirent différemment des autres pôles d’attraction. Même l’Afrique du Sud et sa culture de xénophobie n’a pas vraiment développé un système de contrôle des frontières ayant des dents. La xénophobie ne s’est pas traduite par une politique publique de fermeture des portes. Une fois, à Johannesburg, je fus abordé par un jeune zimbabwéen qui me demanda le chemin pour aller à Pretoria. La question me surprit, et je lui expliquai qu’il devait prendre le train, lui indiquant en même temps le chemin pour aller à la gare. Mais il insista pour que je lui dise comment y aller à pied. Certes, Pretoria n’est pas loin de Johannesburg, mais enfin, de là à y aller à pied. Après une conversation avec le gars, je découvris qu’il venait d’arriver du Zimbabwe, à la marche, et qu’il ne voyait donc aucun problème à continuer de la sorte jusqu’à sa destination finale, qui était Pretoria. Ne connaissant pas le chemin de Pretoria, je lui donnai un peu d’argent en lui conseillant de prendre le train, qui était bon marché, si bien que ce que je lui donnais suffisait largement à couvrir le trajet. Il parut surpris de mon geste, me remercia et… je suis sûr chercha quelqu’un d’autre pour lui indiquer le chemin de Pretoria. Pour le Zimbabwe, puni par l’Occident anglo-saxon pour les incartades nationalistes de Robert Mugabe, l’Afrique du Sud est une soupape économique naturelle, d’autant qu’il ne suffit que d’avoir bon pied pour y accéder. A vue de nez, l’immense majorité des petits employés du secteur des services à travers l’Afrique du Sud sont zimbabwéens. L’attitude des Sud-africains est ambivalente à l’égard du phénomène. Une tendance démagogue, autour de Zuma, essaie de capitaliser sur leur présence pour se défausser de l’incapacité du gouvernement ANC à mettre les Sud-africains noirs au travail (essentiellement parce que l’ANC a refusé de promouvoir une politique industrielle en mettant à profit un vaste réservoir de main d’œuvre bon marché dans un pays ayant les moyens de la former – afin de courir après le miroir aux alouettes néolibéral, sous la houlette de l’économiste orthodoxe Mbéki). L’accès aux papiers de résident demeure très compliqué – y compris d’ailleurs pour les Blancs – en dépit de la corruption, et l’attitude des politiciens zumaistes favorise la xénophobie. En même temps l’ADN panafricain de l’ANC rechigne, en dépit de multiformes « reflux gastriques » xénophobes, à aller franchement dans cette direction. J’ai entendu une fois un discours du ministre des affaires intérieures (Home Office, dans la tradition british, le ministère en charge de la justice, de la sécurité intérieure et de l’immigration) Malusi Gigaba (actuellement aux Finances) qui était un péan à l’accueil aux immigrés africains. Je le mentionne parce qu’il caractérise assez bien la situation complexe de l’Afrique du Sud, et l’attitude de son gouvernement : aucun ministre européen ne pourrait, aujourd’hui, tenir un tel discours, même sous forme allusive – long discours retransmis en direct, tenu sans notes, et adressé comme un sermon argumenté et passionné aux employés du Home Office.

Enfin, il faut considérer le cas des pays sub-sahariens générant peu de flux migratoires, que ce soit vers l’Europe, ou ailleurs, ceux surtout de l’Afrique de l’Est – Kenya, Tanzanie, et leur arrière-cour, la Zambie, l’Ouganda, le Rwanda. Ils ont aussi de hauts taux de croissance démographique, quoique pas des taux à la nigérienne, et, d’un point de vue « civilisationnel », ils ne sont guère différents des autres pays africains. Leur comportement est déterminé par le fait qu’ils sont en ce moment plus dynamiques d’un point de vue économique, en particulier le Kenya et ils sont plus à l’écart géographiquement de pôles d’intense activité de l’économie capitaliste mondiale, comme l’Europe. Ils se sont montrés aussi plus capables que l’Europe d’accueillir des réfugiés et des immigrés.

Bref, tout ceci pour dire que, pour comprendre la crise qu’est devenue la migration ouest-africaine vers l’Europe, il ne suffit pas de blâmer l’Afrique de l’Ouest. Les Européens doivent examiner leur réaction face au phénomène, car ma thèse est que la crise provient non pas du phénomène lui-même – qui est naturel et inévitable, quoique avec des élans et des intensités variables, dans l’économie capitaliste mondialisée – mais de la manière dont les Européens ont choisi d’y répondre. Cette manière est hystérique et désorganisée, d’une manière qui n’est pas observable même en Afrique du Sud. Comme les Européens ont aujourd’hui une population largement embourgeoisée – contrairement à l’Afrique du Sud – la réaction n’est de pas pourchasser les immigrés dans les rues de Paris ou de Londres, mais la violence employée à leur égard est plus systématique et plus profonde, et relève de ce que les théoriciens de l’Ecole de Francfort ont appelé la raison instrumentale. C’est-à-dire une forme de rationalité partant de connaissances fragmentaires, parcellaires, typiques de l’expertise et de la technocratie, qui trouvent leur unification non pas dans une compréhension concrète, matérielle et holistique de la réalité, mais dans des affects plus ou moins impensés au service desquels la raison se fait moyen, non fin. Ou pour le dire en termes plats : on construit un problème à résoudre sur la base de connaissances sélectives (comme le taux de croissance démographique des Africains), et on développe une rationalité a posteriori, proposant des solutions prédéterminées par ces connaissances – Frontex ; externalisation des frontières en achetant les gouvernements, d’abord Tripoli, et une fois celui-ci détruit, Niamey ; camps de « rétention », etc. La construction du problème elle-même ne dérive pas de la rationalité (ici réduite au statut de moyen, ce qui est ironique pour un continent qui se déclare héritier du logocentrisme grec) mais d’affects et d’impensés. Ces affects relèvent du racisme et de la xénophobie, d’autant que je ne sache pas qu’il existe en Europe une culture xénophile similaire à celle qu’on voit dans d’autres parties du monde, singulièrement en Afrique, et qui peut compenser/équilibrer le prurit xénophobe. Ils relèvent aussi de l’impensé colonial dans des pays, comme la France, où on refuse de penser le passé colonial (et le présent néocolonial), ce qui mène à toutes sortes de propos bêtifiants et à côté de la plaque. Ces affects se manifestent politiquement non seulement par la montée des partis nationalistes, mais aussi par la droitisation du discours commun sur ces questions. Dans un tel contexte, il est impossible de discuter calmement de deux faits : que la migration est un phénomène normal ; et que la meilleure réponse est, comment l’organiser non même pas pour qu’elle devienne une opportunité pour l’Europe (comme arguent certains idéalistes européens qui deviennent ainsi des voix clamant dans un désert) mais pour qu’elle suive son cours dans l’ordre et la raison. (Ces idéalistes n’ont d’ailleurs pas tort, si l’on considère la manière dont la mafia italienne a transformé les immigrés en esclaves des champs dans un pays et sur un continent qui se targue d’avoir, parmi ses admirables vertus, une pratique constante de l’état de droit). Si les Ivoiriens, les Libyens, même les Sud-africains ont pu le faire, les Européens peuvent le faire. Mais le pouvoir dérive de la volonté, qui, en ce moment, en Europe, est marquée plutôt par l’hystérie que par la raison.

Cette hystérisation est manifestée par la transformation de l’immigré en lépreux international dans un certain imaginaire prédominant sur le continent. En Grande-Bretagne, un aristo du nom de Rhodri Philipps, Viscount St Davids, vient d’être condamné à 12 semaines de prison ferme pour avoir offert 5000 livres à celui qui écraserait avec sa voiture Gina Miller, qualifiée par lui de « troublesome bloody first-generation immigrant ». (On voit la manière bourgeoise : non pas, comme le populo sudaf, attaquer les migrants dans les rues, mais concocter des attaques stipendiées). Miller est d’origine guyanaise, appartenant d’ailleurs à la bourgeoisie de ce pays. Son père fut procureur général de la Guyane (non pas la colonie française départementalisée de ce nom, mais l’ancienne colonie britannique) et sa famille avait les moyens de l’inscrire dans une prestigieuse école privée pour filles, à Londres, quand elle avait 10 ans. Depuis, elle est devenue une femme d’affaire à succès et a épousé un Anglais, avec qui elle a fondé une agence d’investissement et une organisation philanthropique. Si elle avait été une Européenne vivant en Afrique à la tête de telles organisations, elle aurait été dénommée « expatriée ». Mais en Angleterre, elle est une « immigrée de la première génération ». Ces dénominations entendent signaler l’inégalité normative entre ressortissants du nord occidental (de peau blanche) et « les autres », en dépit du fait que cette inégalité ne repose pas sur l’équité découlant du système (droits et devoirs des uns et des autres par rapport au fonctionnement optimum du système). Donc étant une immigrée, elle a suscité l’ire de ce vicomte qui, certes, n’est pas l’incarnation de toute l’attitude britannique sur cette question, mais qui est certainement une expression exacerbée des affects dont je parlais. La faute de Miller a été d’intenter un procès au gouvernement britannique pour sa sortie de l’UE. Comme souvent ceux qu’on appelle les immigrés, Miller a une compréhension plus large du fonctionnement du système capitaliste mondialisé. La Grande-Bretagne ne l’intéresse pas pour ses immarcescibles vertus (comme dirait l’autre, « the wonderfulness of us »), ni, comme aiment l’imaginer les nationalistes xénophobes (parmi lesquels il y a d’ailleurs bien d’immigrés établis, contaminés par l’esprit régnant et se posant en plus royalistes que le roi), pour son système d’assistance sociale, mais par les manières dont elle est intégrée au monde capitaliste, notamment à travers ses liens UE. Donc elle a essayé de protester là-contre, ce qui a suscité l’ire raciste et xénophobe des brexiters. St Davids avait par le passé régulièrement attaqué un homme d’origine camerounaise mais de nationalité française qui fait des études d’infirmier avec bourse à Londres, et qui a… huit enfants. Cet homme, Arnold Sube, étant français, devrait « normalement » être qualifié tout au plus d’expatrié en Grande-Bretagne ; mais comme il est noir, il « bénéficie » de cette appellation qui fait sourire, connaissant le vocabulaire international prédominant : « immigré français ». Un tabloïd de droite a été jusqu’à commander une carte montrant au lecteur les étapes du voyage de Sube du Cameroun à la France, de la France à la Grande-Bretagne, comme s’il s’agissait de la progression d’un virus. L’abondante progéniture est devenue une obsession pour une certaine presse britannique, mise au courant par le fait que Sube a refusé les logements qui lui étaient offerts par les services sociaux, logements jugés trop petits pour sa famille ; interrogé sur le fait de savoir s’il allait arrêter de faire des enfants, Sube a déclaré ne rien pouvoir promettre à cet égard. Il y là donc une convergence de tout ce qui peut déclencher la fureur « civilisationnelle » des Européens : un Africain, « immigré », capable de se déplacer avec une croissante ribambelle d’enfants, et réclamant des services sociaux qu’ils se fendent non pas en quatre, mais en huit (c’est le cas de le dire) pour satisfaire ses besoins. Mis au courant de ces frasques intolérables, le vicomte a disjoncté : avant d’offrir 5000 livres pour la mort « par accident » de Miller, il avait offert 2000 livres pour celui qui « découperait en petits morceaux » Arnold Sube. Tout cela, sur Facebook. Comme le langage de ce postage n’était pas explicitement raciste (Sube y était simplement qualifié de « piece of shit »), le juge avait refusé de condamner le vicomte, en dépit du fait qu’un postage précédent (mais où n’existait pas la promesse de prime au massacre) avait explosé : « Pourquoi devrais-je payer des impôts pour nourrir ces singes ? Un retour à la planète des singes n’est pas acceptable ».

Bref, c’est sûr qu’il y a bien de choses et de gens merveilleux en Europe. Mais il convient d’éviter les allusions à la « civilisation » si on se connaît bien soi-même, on connaît le monde, et on sait raison garder.

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