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Retour de fin de journée

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Depuis presque deux mois en Allemagne, où le processus d’installation et des écrits à date-butoir m’ont tenu éloigné de ce « blog-note ». Je n’ai guère encore vu de pays, en dehors de Hambourg et de ses environs, et d’une virée dans Hanovre, ville qui, comme nombre des agglomérations allemandes, date presque entièrement de la seconde moitié du 20ème siècle. La vue de Hanovre me fait comprendre ce que la fameuse formule « Allemagne année zéro » appliquée aux lendemains de la défaite finale, à la fin du printemps 1945, avait de littéral. L’immense majorité du patrimoine bâti d’une des civilisations les plus anciennes et les plus importantes du continent européen avait été anéantie par l’espèce de Ragnarok voulu par Hitler, et sous les noms antiques des villes allemandes, n’existe plus que du reconstruit, souvent hâtif – car il fallait urgemment reloger presque toute la population d’un pays de 50 millions de personnes –, donc suivant un plan moderne d’une banalité provenant du fait qu’on manquait de temps et de moyens pour faire dans la délicatesse.

Avant cette catastrophe, Berlin était devenue l’une des villes les plus opulentes du monde occidental, en particulier entre 1870 et 1914. Elle n’avait pas le riche passé de Paris et Londres, mais elle était la capitale du pays le plus dynamique, le plus industrialisé et le plus prospère du continent durant cette période, centre de la vie d’une nation cultivée aux goûts sophistiqués et aux moyens solides et inventifs – une des métropoles, aussi, du capitalisme industriel et marchand, qui avait à cœur de rattraper et de dépasser ses anciennes « rivales » – Londres, New York et Paris. A côté de gemmes architecturales irremplaçables léguées par le 18ème siècle, avec les œuvres – palais, statues, monuments, églises, théâtres – de Schlüter, Knobelsdorf, Schadow, Schinkel, s’étaient élevés de somptueuses demeures de style « néo » (néoclassique, néobaroque), des villas imitant souvent le style baroque de l’époque frédéricienne, mais aussi une architecture d’avant-garde, et emblème de la puissance bourgeoise, des grands magasins, comme le KaDeWe, le plus grand magasin de ce type en Europe en son temps (rattrapant donc, et dépassant les équivalents parisien et londonien, les Galeries Lafayette et Harrod’s). Au cours des années 1920, avec 4 millions d’habitants, Berlin était aussi devenue la ville la plus peuplée d’Europe continentale – dépassée seulement par Londres et New York au plan « occidental ».

Les grands magasins, ces temples du rêve KaDeWe, Berlin — Arte, le 18.06.2017.mp4_002481818

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New York a Macy, Paris a les Galeries Lafayette, Londres a Harrod’s — et pour Berlin le KaDeWe… Vu en bas après un bombardement en 1943. ll a été reconstruit depuis.

Tout ceci subit, entre 1940 et 1945, environ 363 campagnes multinationales de bombardement lâchant sur la ville, uniquement pour les Britanniques et les Américains, environ 70 000 tonnes de bombes incendiaires, dévastant un tiers de la ville – en particulier le centre – et détruisant plus de 600 000 appartements. La reconstruction de la ville, commencée pour de bon seulement en 1948, se poursuivit jusqu’au début des années 1980.

Je regardais un jour un documentaire sur la Révolution française. Un plan montra une gravure d’époque, représentant ce fameux moment du 12 juillet 1789 où Camille Desmoulins était monté sur une chaise du Café de Foy pour appeler les Parisiens aux armes contre « une Saint-Barthélemy des patriotes » – et le plan suivant montra le même endroit de nos jours, qui avait à peine changé (les fleurs de lys, qui ornaient le haut des arcades édifiées par le duc d’Orléans, avaient seules été bûchées par la furie révolutionnaire). Une telle mise en scène est impossible à Berlin. Ce que Daech fait en Syrie et en Irak en ce moment, les Nazis l’ont sinon fait, en tout cas provoqué pour l’Allemagne à une magnitude bien supérieure. Il y a bien sûr des rescapés – mais les grandes villes, qui renfermaient le plus de trésor, ont en moyenne plus souffert que les lieux plus obscurs.

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Camille Desmoulins au Café de Foy

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Les mêmes arcades, plus de 200 ans plus tard, mais sans les lys

J’avais ouvert ce « blog-note » pour parler de tout autre chose, du livre de Gary Wilder sur Césaire et Senghor et du documentaire d’Oliver Stone The Putin Interviews dont je viens de finir la 4ème partie, mais la fatigue d’une fin de journée m’a entraîné à ces remarques un rien décousues. J’y reviendrai donc.

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