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Egalité entre les peuples

Publié le

A propos de l’égalité entre les peuples et de la colonisation, cela m’a rappelé ce fragment d’entrée de mon journal datant de décembre 2005. 

Je le disais un jour à un ami, au Sénégal, qui, parce que j’avais dit sans y penser « nos amis français », m’interrompit pour me demander avec un air sérieux si je pensais vraiment que les Français étaient nos amis. Question qui n’avait rien à voir avec notre conversation, mais qui devait le turlupiner depuis quelques temps. Je lui dis que je n’en étais pas sûr, car un ami te stimule quand il voit que tu fais quelque chose qui est bon pour toi, et te décourage quand il voit que tu fais quelque chose qui est mauvais pour toi, car il a vraiment à cœur ton intérêt. Mais en mettant des bâtons dans les roues à ceux d’entre nous qui voulaient faire des bonnes choses, au lieu de les assister (Sankara) et en soutenant au contraire ceux qui faisaient des mauvaises choses au lieu de nous aider à les combattre (Mobutu), les Français ne se montraient guère amicaux.

Certes, on me dira qu’un tel discours (qui convainquit en tout cas mon ami sénégalais) n’est guère approprié sur le plan des relations entre Etats. Peut-être. Mais je n’ai guère été surpris d’entendre Chirac justifier son opposition à la conquête américaine de l’Irak par l’idée que la France étant « l’amie » des Etats-Unis, tâchait de leur faire voir leur véritable intérêt, et de les décourager de mal faire. Je ne doute pas qu’il y ait en effet de cela dans la diplomatie française, puisque cette diplomatie est enracinée dans une certaine culture d’élite, pour quoi il y a des affinités profondes, morales et pour ainsi dire affectives, entre les pays membres de la « civilisation occidentale ». Cette même culture d’élite ne voit certainement pas l’Afrique du même œil. Entre autres choses, en plus de cette affinité culturelle qui pourrait être produite par la « francophonie », l’amitié suppose l’égalité. Entre gens de conditions différentes, il peut y avoir du clientélisme comme forme de relation affective semi-formelle, mais l’amitié est une relation entre pairs qui se connaissent et se reconnaissent. Ainsi, s’agissant de la francophonie, je peux connaître sur le bout des doigts la culture ou l’histoire de la France, mais la réciproque n’est généralement pas vraie, et pour connaître les populations dont je suis issu, un Français aurait besoin d’une maîtrise en anthropologie à tout le moins. Au niveau individuel, cela n’a guère d’importance au-delà de quelques malentendus qui seraient de toute façon inévitables dès que deux personnes de backgrounds différents (même au sein de la même « culture ») interagissent. Mais au niveau collectif, cela a d’importants effets collatéraux qui, autant que je sache, n’ont jamais été étudiés en tant que tels. (…)

Et Aristote l’a dit de manière persuasive : la politique harmonieuse est fondée sur l’amitié. C’était vrai au niveau de la petite communauté politique de la cité-Etat, et c’est vrai aussi au niveau du monde.

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  1. Ceci me rappelle une de ces blagues qu’on faisait en Europe de l’est avant la chute du mur de Berlin :
    Un intellectuel polonais est interrogé sur les relations de son pays avec l’URSS.
    – Peut-on dire que la Pologne et l’URSS sont encore des pays amis?
    – On doit même dire que nous sommes des pays frères … parce que les amis on les choisit.

    Réponse

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