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Coda

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Peut-être une preuve du fait que le racisme négrophobe est une forme de « justification » de sa propre cruauté (une cruauté morale adoubant une cruauté physique) se trouve dans la curieuse histoire de Severiano de Héredia. Qui était cet individu au nom guilloché? C’était un politicien « sang mêlé », à l’allure négroïde bien visible (voir photographie), né à La Havane de deux parents « gens de couleur libres », lui même baptisé « mulâtre, né libre » (ces désignations « libre », « né libre » étaient nécessaires pour les Noirs aux Amériques, puisque leur condition par défaut était l’esclavage; si la mention n’existait pas sur vos documents, vous pouviez être soupçonné d’être un esclave en fuite). Cousin du poète José Maria de Héredia, il fut éduqué en France, allant notamment à Louis-le-Grand, et prenant la nationalité française en 1870, pétri d’idéologie républicaine, radicale et humaniste (voir son ouvrage de  1871, Paix et plébiscite, écrit aux heures les plus sombres de la guerre franco-allemande, dans lequel il en appelait à mettre à profit les désastres de cette « boucherie » pour « inaugurer de nouvelles règles de politique et de justice » plus en harmonie avec le véritable esprit républicain). Sa carrière politique fut brillante dans les années 1870-80, culminant avec la présidence du Conseil de Paris en 1879 (on dirait « maire » aujourd’hui) et le poste de ministre des Travaux publics en 1887. C’était la première fois dans l’histoire qu’un non-Blanc devenait ministre dans un gouvernement européen. Malheureusement pour Héredia, on entrait aussi à cette époque dans l’âge d’or du colonialisme français, avec tous ses relents racistes. Déjà en 1886 des « indigènes » d’Afrique avaient été exposés comme des bêtes curieuses au Jardin d’Acclimatation, à Paris, et la presse d’opposition ne se faisait pas faute de l’attaquer sur sa couleur, le traitant de « nègre du ministère » et de « ministre chocolat », qui n’étaient que les plus aimables des quolibets qu’on lui lança. La chose n’était certes pas nouvelle, puisqu’Alexandre Dumas (mort précisément en 1870) était en butte à des quolibets et imbécillités similaires. On connaît sa répartie fameuse à un provocateur qui dit pis que pendre des Noirs en sa présence dans l’espoir de le faire réagir et qui, n’y parvenant pas, l’apostropha directement: « Mais au fait, cher maître, vous devez vous y connaître en nègres, avec tout ce sang noir qui coule dans vos veines. » A quoi Dumas répartit: « Mais très certainement. Mon père était un mulâtre, mon grand-père était un nègre et mon arrière-grand-père un singe. Vous voyez, monsieur: ma famille commence où la vôtre finit. » Selon l’historien Paul Estrade, Severiano de Héredia fut victime de la montée du racisme dans l’opinion publique française qui accompagna l’expansion coloniale. Les électeurs ne voulaient plus d’un député appartenant aussi évidemment à une « race inférieure », et après ses échecs aux législatives de 1889 et 1893, Héredia se retira de la vie politique et tomba dans l’oubli. Lors de son enterrement, le corps diplomatique fut cependant représenté par… l’ambassadeur d’Haïti, qui était son ami (c’était aussi, selon Estrade, la première fois que l’ambassadeur d’Haïti représenta le corps dseveriano-de-heredia-3iplomatique au cours d’une solennité, en France).

Pour conclure avec la négrophobie allemande (européenne?) actuelle, voir ce documentaire de Arte que je n’ai pas pu regarder jusqu’à la fin.

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  1. Apres avoir visionner le documentaire sur la negrophobie allemande je n’ai plus envie de visiter ce pays qui semble plus raciste que les redneck Americans.

    Réponse
    • Il ne faut pas les juger uniquement sur ça. Le documentaire est fait pour éveiller les consciences sur la question, mais il est très possible qu’on trouvera la même réalité sur d’autres pays « blancs ». Il y a peut-être aussi le fait que les Allemands sont moins familiarisés avec les Noirs que les Français, par exemple (Paris est quelque part une ville africaine aujourd’hui). Je soupçonne aussi que la plupart de ces scènes ont dû être filmées dans l’ancienne Allemagne de l’Est, région moins cosmopolite et ayant plus de pathologies politiques et économiques que l’ouest. De toute façon, quand on est noir, il faut toujours s’attendre à cette « nastiness » à peu près partout en dehors de l’Afrique sub-saharienne. Les Occidentaux, les Allemands en cette occurrence, au moins ont le mérite d’en parler (et de faire des documentaires pour susciter le débat).

      Réponse

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