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Wits « Wild » et « Brexit »

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Retour au Niger plombé par des pannes prolongées de courant, les embarras financiers du gouvernement et les répercussions de la destruction de Bosso par « Boko Haram ». Passé ma dernière semaine aux Antipodes à Wits Rural, l’antenne « rurale » de l’université du Witwatersrand, à 500 km de Johannesburg (on y accède en descendant vers le Limpopo, à travers un vallonnement de montagne du plus bel effet). L’endroit ne m’a paru rien avoir de rural et aurait plutôt dû s’appeler « Wits Wild ». C’est un bel établissement hôtelier, avec des chambres équipées pour des résidences autonomes – four électrique, frigo, cafetière, toaster, etc. Ces chambres se trouvent dans un campement à petite distance – dix minutes de marche – du centre nerveux de l’établissement, un ensemble de bâtiments comprenant, en sus des bureaux, un bar piscine, une grande salle de réunions, une bibliothèque, un restaurant, et une grande auberge de luxe de style victorien. Endroit fait pour de studieuses retraites ou des recherches en zone rurale environnante. Je dis pourtant « Wits Wild » parce qu’il s’agit d’un vaste parc enceint d’un grillage électrifié dans lequel vagabondent aussi des animaux. Nous avons pu en voir certains, des impalas, des girafes – celles d’Afrique orientale et australe sont plus foncées que celles d’Afrique occidentale, presque brunes – et des petits singes timides (heureusement). Mais la note d’information placée dans les chambres mentionne également des servals et des léopards et ajoute que, par ailleurs, quelques lions, buffles et éléphants pourraient passer dans notre bucolique ermitage à travers une brèche du grillage, mais que cela était on ne peut plus rare. Je crois que les léopards me suffisent, d’autant qu’un de nos collègues zimbabwéens – qui a vécu une vie de rural – nous a signalé que ces derniers passent du temps sur les arbres d’où ils peuvent choir sur vous en vous scalpant proprement au passage, avant de vous transformer en déjeuner. Quant au buffle, un descriptif lu dans une brochure indique que cette pesante masse de muscles aux cornes acérées est l’animal le plus caractériel du monde, pouvant charger sur vous sans rime ni raison, avec la ferme intention de vous massacrer. Les éléphants paraissent plus raisonnables, mais les mâles solitaires en chaleur, nous révèle-t-on, sont pires que le Terminator. On les reconnaît par des signes glaçants, tel qu’un liquide noir qui leur suinte des yeux et des oreilles – mais surtout par la charge barrissante qu’ils lanceraient sur vous à une vitesse inattendue, trompe dressée et défenses en avant. Le petit conseil à cent millions de rands : « Avoid walking at night ». Pour le breakfast et le déj, on allait au resto à pied, mais la nuit, pour le dîner, on prenait la voiture. Sur le chemin du resto, nous avons vu à plusieurs reprises des traces d’un grand chat. Trop petites pour être des pattes de lion, mais trop grandes pour être des pattes de chat. Mes collègues étaient d’avis qu’il s’agissait d’un léopard, ce qui paraît possible, bien qu’elles pouvaient aussi être des traces de pattes de serval – un chat sauvage un peu plus grand que les chats domestiques.

D’ailleurs, en fin de séjour, nous sommes allés nous promener dans le parc de Krueger, qui se trouve à une quarantaine de kilomètres de Wits Rural. En un peu de temps, nous avons vu une bonne partie du bestiaire sauvage de l’Afrique du Sud, d’abord les omniprésents impalas, dont on se lasse vite du fait de leur ubiquité, et les girafes, mais aussi des gnous, des phacochères, des éléphants et des lions. Ces derniers avaient tué un buffle – sans doute un vieux solitaire – sur un chemin de terre, répandant le contenu de sa panse sur la voie, et lorsque nous sommes arrivés – j’avais reçu l’information d’un touriste rencontré dans les toilettes d’un petit campement de relâche – ils étaient en train de se repaître de sa carcasse, environnés de vautours qui semblaient faire des mondanités avant que ne vienne leur tour. Je dois dire que les animaux m’indiffèrent assez. La veille ou l’avant-veille, je ne me souviens plus, notre collègue américaine – « liberal » bon teint que j’énerve pour des raisons troubles – me prit à partie lorsque je leur appris que je ne viendrais avec eux au Krueger que pour ne pas être laissé tout seul à Wits Rural car je n’avais cure des animaux. Elle prit, ou prétendit prendre mon indifférence pour un refus de considérer la possibilité d’empathie avec les animaux. Cette question ne m’intéressait pas, mais je fis remarquer que les yeux du poisson ne paraissent guère différents qu’il soit vivant ou mort, ce qui ne semble guère laisser de la place au partage des sentiments. Notre collègue malawien assura que c’était le cas de certains êtres humains. « Oui, Hitler sans doute », répliquai-je à son grand amusement. L’Américaine alla jusqu’à évoquer de l’empathie avec les poules. Quand j’étais gosse, il y avait des poules à la maison, et je me rappelle que nous les voyions comme des individus, ce qui veut dire que nous détections leurs sentiments. Mais c’était plutôt des sentiments d’hostilité ou, à tout le moins, manquant singulièrement de sympathie. L’un de nos collègues zimbabwéens – celui qui nous a parlé du léopard – évoqua une histoire lue quelque part de quelqu’un qui s’était entiché d’un boa ou d’un anaconda, avec lequel il passait ses nuits. Une de ces nuits, le serpent l’étouffa et l’avala. « Il n’était manifestement pas au courant qu’ils étaient des amis », fis-je – ce qui eut pour effet de clore ce débat.

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Référendum du « Brexit » après-demain je crois. C’est intéressant, le chorus des « grands médias » occidentaux (Le Monde, The New York Times, The Guardian, les journaux allemands) sur le désastre que ce serait. Moi, je suis plutôt d’avis que ce serait une bonne chose pour le projet européen. La Grande-Bretagne, dit-on (et c’est l’argument apparemment le plus important aux yeux de ceux qui veulent qu’elle reste dans l’Union européenne), fait contrepoids, avec son libéralisme, à l’étatisme des Français et des Allemands. Ne voit-on pas que, de cette façon, elle empêche en réalité l’Europe de vivre son identité, qui est bien celle d’un Etat robuste ? Elle crée, ou contribue fortement à créer une tension permanente, en Europe, entre la tendance historique normale du continent – l’Etat met la main à la pâte – et la tendance historique normale de l’Angleterre – l’Etat se retranche de tout. Cette tension est à la source de la confusion idéologique de l’Union européenne, qui se manifeste par une mixture bizarre de régulation bureaucratique omniprésente et de cadre néolibéral général, l’un créant de l’exaspération, l’autre de l’insécurité. La Grande-Bretagne, de par son insularité peut-être, est un pays fondamentalement égoïste, c’est-à-dire hostile à la coopération, et dont l’instinct historiquement construit est de neutraliser l’unification de l’Europe – par le passé en contrant les menées hégémoniques des Français, plus récemment des Allemands. La Grande-Bretagne, ou peut-être surtout l’Angleterre. Elle veut bien avoir accès au marché commun, mais sans accepter les obligations fiscales et sociales qui viennent avec. Elle préfère mener activement une sorte de concurrence à la fiscalité et à la (non) protection sociale, ce qui mène à l’émergence de paradis fiscaux pour les riches et de bas salaires pour les pauvres, mettant la pression sur ses partenaires pour qu’ils démantèlent, eux aussi, leur Etat providence, à l’encontre des désirs de la plupart de leurs citoyens. Le modèle rêvé, dans ce monde de l’Europe néolibérale, c’est un monde où les patrons seraient choyés parce qu’ils pourraient aller travailler dans des boîtes américaines qui leur feraient des ponts d’or et doivent donc recevoir des bonus stratosphériques; tandis que la classe moyenne/ouvrière doit passer à la meule car leur travail pourrait être fait à moindre frais par un Albanais ou un Roumain. C’est un modèle désastreux qui prendrait un sérieux coup dans l’aile si son principal champion en Europe décidait de quitter la partie. Au sein de l’Union européenne, la Grande-Bretagne n’est que le geignard en chef, qui se plaint constamment de l’orientation logique de l’ensemble – vers plus d’unification – et lui suscite sans cesse, non sans une certaine roublardise, des entraves plus fatales qu’elles n’en ont l’air. Ce fut une erreur de l’admettre dans l’Union, et si elle en sort jeudi, les Européens devraient s’en féliciter. Cela leur permettrait peut-être de revenir enfin sur leurs bases, s’ils ne sont pas allés trop loin dans la confusion.

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