Flux RSS

Suite de la pouacrerie…

Publié le

Reçu plus de détails sur la manière dont la fraude a été organisée au Niger. J’en étais étonné, car la CENI est un organe auquel participent tous les partis politiques, précisément pour rendre la fraude impraticable. Normalement, chaque parti représenté au niveau des bureaux de vote reçoit un procès verbal des résultats frais sortis des urnes. Les délégués communiquent ces PV aux directions de leurs partis, qui calculent les résultats. S’il y a des différences, les partis peuvent contester sur la base des PV, qui sont des documents officiels. Mais cette fois-ci, les bordereaux de PV ont été produits en nombre insuffisant : trois au lieu de 17 (nombre de partis aux élections). Pourquoi ? Je ne sais pas, mais quelle que soit la raison, la responsabilité du gouvernement actuel est totalement engagée. Le résultat, en tout cas, c’est que dans nombre de bureaux de vote, le président du bureau, ne sachant comment repartir les bordereaux, a simplement refusé de les distribuer, et les délégués ont dû se contenter de chiffres écrits sur un bout de papier, bref, un document non officiel. Il apparaît aussi que le nombre de bureaux de votes a été gonflé : par exemple, 7600 à Zinder, contre 5080 sur le fichier électoral. Si, dans ce cas, un bras de fer entre les représentants des partis politiques et le président de la CENI régionale a permis de corriger « l’erreur », il n’est pas sûr que la même manigance n’ait pas réussi dans des endroits moins exposés aux regards. L’opposition affirme que beaucoup de présidents de CENI locale ont été achetés et apparemment, le gouvernement a raclé les fonds de caisse pour acheter des voix à l’aide de courtiers munis de fonds de guerre faramineux – des rumeurs (et on sait à quel point au Niger elles sont souvent proches de la vérité) parlent de dix millions par courtier, ce qui marcherait surtout dans les campagnes où, dans tout les cas, les têtes ne sont pas très politiques, et, semble-t-il, dans la ville de Maradi.

Tout ceci constitue une régression par rapport aux consultations de 1999 et 2004 (2010, c’est une autre histoire). Je blâmais les Nigériens de se laisser entuber, mais d’un autre côté, ils suivent la ligne des partis politiques et ces derniers, bien que dénonçant les fraudes, semblent pour le moment accepter le cours des choses. Si, usant des mêmes armes, le gouvernement l’emporte au second tour, ils lui auront conféré une légitimité par défaut. La victoire aura été volée, mais le voleur n’en jouira pas moins tranquillement.

Et pourquoi pas, d’ailleurs, dira-t-on ? Mon opinion personnelle sur le gouvernement Issoufou est mitigée. C’est un gouvernement largement impopulaire et qui, dans l’ordre régulier d’un scrutin honnête, serait battu à plate couture. Mais il n’a pas fait que du mal. J’ai du mal à juger s’il était sur une mauvaise pente dès les débuts – qui furent très prometteurs – ou s’il a déraillé – et quel déraillement ! – seulement à un moment donné, et dans ce cas, à quel moment ? Il avait promis des réalisations dans le domaine de la santé et de l’éducation, et il a mis en œuvre au moins le tiers de sa parole, ce qui n’est pas mal à l’aune des boniments politiciens. Il est vrai que tout cela a été plus quantitatif que qualitatif, mais le qualitatif met toujours plus de temps à se mettre en place, et, si déraillement il y a eu, il s’est produit avant la maturation qui aurait permis son éclosion. Certains efforts, notamment au plan éducatif, permettent de penser que ce désir de qualité était promu par le gouvernement. Il y a eu également l’annonce d’une lutte contre la corruption, avec mise en place d’un numéro vert et d’un organe spécialisé. Cela a fait rapidement banqueroute et l’enrichissement des caciques du parti au pouvoir et de leurs amis, au prix d’un monopole de tous les canaux d’arrosage à la disposition de l’Etat, a vite atteint le diapason du MNSD, du temps de son règne. L’impopularité du PNDS tient en bonne part au fait que les gens pensent qu’il a dépassé les bornes dans ce domaine. Je n’en suis pas si sûr. On oublie que le MNSD ne laissait, lui non plus, rien à grappiller au PNDS au temps où ce dernier était dans l’opposition. C’est un renversement de la machine, mais comme on était habitué à l’exclusivisme du MNSD, la mise en place de celui du PNDS choque. Tout ce qui est nouveau surprend. En réalité, la véritable question est de savoir quels mécanismes pourraient enrayer ces tendances à l’exclusivisme : réflexion qui ne saurait venir des partis politiques ! On lui reproche aussi, au PNDS, ce que les Nigériens appellent le « concassage » des partis politiques, c’est-à-dire le fait que le PNDS, muni des tuyaux d’arrosage de l’Etat, a pu attirer dans ses rets de nombreuses grosses pointures des partis rivaux. Mais ces derniers n’ont à s’en prendre qu’à eux mêmes : s’ils avaient été des partis basés sur l’idéologie et non sur la poursuite des intérêts personnels, leur personnel n’aurait pas pu être si aisément débauché. Non : la seule chose qui m’a amené à me boucher le nez devant les actions du PNDS, c’est la persécution judiciaire de Hama Amadou, personnage qui, pourtant, ne me séduit pas le moins du monde.

C’est bien simple : je ne m’attends à rien de bon des partis politiques nigériens. Aucun d’entre eux, d’ailleurs, ne dit ni ne montre qu’il veut réaliser des choses réellement transformatrices, et ils se valent tous. Au reste, je suis sûr qu’ils ne feront pas que du mal. Mais ils feront la même quantité de bien (un peu) et la même quantité de « pas bien » (beaucoup), puisque ce sont, d’un parti à l’autre, les mêmes hommes, les mêmes idées (ou manque d’idées), les mêmes mentalités plutôt faisandées. Je suis un peu curieux du petit phénomène Yacouba Ibrahim, mais il s’agit plus d’une curiosité que d’un espoir. Donc ils se valent tous : mais pourvu qu’ils respectent l’état de droit. Tant que l’état de droit et les règles du jeu politique sont respectés, plus ou moins, plutôt plus que moins, le reste m’importe peu – cela laisse au moins un espace pour travailler de son côté. Dès qu’ils commencent à « pagailler » l’état de droit, en revanche, cela m’inquiète – car cela mènerait soit à l’autoritarisme, soit, plus sûrement, à l’instabilité, deux calamiteux développements dans quoi il me serait personnellement impossible de travailler (et donc, au final, de vivre au Niger). C’est pour cela que ces fraudes massives ont brusquement mis le PNDS dans le mauvais côté de mon radar.

 

Publicités

"

  1. Aucune source crédible n’étaye votre accusation de « fraudes massives du PNDS ». Vous leur donnez trop de pouvoir ou de capacité. En fait, dans le système imparfait des elections au Niger, tout le monde triche là ou il peut, le Lumana « massivement » à Tillabéry et le Tarraya tout aussi massivement à Tahoua. Il y’a une certaine condescendance malsaine vis à vis du PNDS comme si, ils ne sont pas legitimes pour gouverner, et encore moins « autorisés » à détourner. Il y’a en fait un changement de garde au Niger. Mais les pratiques politiques et de gestion demeurent les mêmes. Et la critique la plus violente et haineuse vient surtout de ceux qui ont été remplacés…….. Rien de nouveau sous le soleil.

    Réponse
    • Oui, bien entendu tout le monde triche, mais lorsqu’on est le gouvernement, on reste le responsable de dernier ressort. Et, dans tous les cas, la tricherie en provenance de celui qui contrôle les moyens de l’Etat est sans commune mesure avec celui qui n’a pas ou que peu de prises sur eux.

      J’aime bien la formule « changement de garde », car, malheureusement, ce n’est que cela. Et ce qui est gardé, c’est la rente avant tout, « le magot », non le bien public. Mais au fond, si je souhaite que cela ne soit plus ainsi, je ne m’en scandalise pas, ou plus. Seulement observant les choses de loin, et ayant vent du niveau de fraude de sources multiples – nigériens comme étrangers – en plus du désordre habituel, m’a peut-être fait croire à un plus grand danger de troubles que ce n’est le cas. Peu me chaut si le PNDS reste au pouvoir en mars ou s’il est remplacé par un autre parti, pourvu qu’il n’y ait pas de grabuge.

      Dernier point: « condescendance malsaine envers le PNDS »: vous ne trouverez pas cela dans mon billet — car si « condescendance malsaine » il y a, elle envelopperait plutôt toute la classe politique nigérienne, qui me paraît effectivement foncièrement illégitime (le démontrer requerrait cependant un petit essai). Mais il me semble que vous faites plutôt allusion aux sentiments des opposants du PNDS, et là-dessus, vous avez raison.

      Réponse

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :