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seagulls

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Rêve long et complexe comme un roman russe, avec une fin absolument horrible – et ce n’était la fin, sans doute, que parce que je m’étais réveillé, comme si, dans le monde des rêves, le réveil était l’équivalent de la mort.

A un moment dans le rêve, une de mes sœurs m’avait confié un couffin contenant son bébé. J’avais laissé l’enfant dans une grande maison, si vaste qu’on pouvait y vivre sans être certain de ce qui se passait dans les parties où on ne se rendait jamais, ou que fort peu. Je devais participer à une sorte de programme de conférences qui se déroulait dans un établissement peut-être hôtelier, mais lui aussi si vaste et complexe que certaines de ses parties étaient des débarcadères, d’autres parties des pistes d’atterrissage. Une bonne partie du rêve se déroula dans cet endroit, et fut prise par les relations à rebondissements que j’y eus avec un étrange jeune ghanéen, apparemment le reflet onirique dû à une vidéo que j’avais regardée sur un jeune millionnaire ghanéen qui avait quitté Microsoft pour aller fonder une université dans son pays (la vidéo mérite d’être vue, ici). A un moment donné, notre (car j’avais quelques compagnons avec moi) séjour tira à sa fin et, parmi les dernières tâches que j’avais à faire, je pensais à aller récupérer le bébé de ma sœur, qui, d’ailleurs, avait également été présente dans l’établissement. Je retournai donc à la grande maison où j’appris que le couffin avait été laissé dans une cour éloignée et peu fréquentée. Je pensais là-dessus, plutôt vaguement, que peut-être j’aurais tout de même dû confier ce couffin aux habitants, bien que ce n’ait été que pour quelques heures – ne cherchons pas de logique dans les rêves : au vu des aventures qui m’étaient arrivées dans l’établissement, j’y avais passé au moins un mois ; néanmoins, je n’avais laissé ce couffin hors de ma vue que pendant quelques heures, apparemment aussi parce qu’on me l’avait confié alors que j’étais dans l’établissement.

Quoi qu’il en soit, j’arrive, avec deux ou trois autres personnes, dans la cour déserte. Pour y accéder, je me rends compte que je dois déplacer une sorte de barrière vitrifiée, un peu opaque, bloquée par un objet que je ne distinguais guère. En poussant la barrière, je réussis à faire déplacer l’objet qui tomba dans un petit espace en contrebas, devant la barrière : c’était un cadavre d’oiseau, plus précisément de mouette (mais dans mon rêve, je le désignai de son nom anglais, « seagull », de sonorité moins sympathique et plus menaçante que le mot français si frais et inoffensif). En entrant dans la cour, nous dûmes déplacer d’autres cadavres de « seagulls », mais au fur et à mesure qu’on avançait, on en découvrait qui étaient bien vivants, battaient vigoureusement des ailes, s’ébrouaient, s’envolaient. A ce moment du rêve, j’étais devenu assez conscient du fait que je rêvais pour interpréter ce que je voyais, et me dire qu’il s’agissait d’un reflet onirique de mon séjour à Leyde, au printemps dernier, lorsque je faisais un footing presque nocturne dans la pénombre de 5h30 du matin, à une heure où la ville déserte ressemblait à un tableau de Magritte peuplé uniquement de mouettes aux cris étincelants, et offrant à moi seul son étrange géographie de ponts, de canaux, de débarcadères abutant des maisons du XVIIème siècle… Du reste, comme sous l’influence suggestive de cette interprétation, la cour devenait un énorme quai, avançant, cependant ses piles vers une plage sans mer, et prenant plutôt l’apparence d’une ruine médiévale (lors de mon récent bref séjour à Paris, je m’étais promené dans les combles du Louvre, où l’on peut voir des vestiges du château-fort de l’époque des Capétiens directs et des Valois). A peine étions-nous arrivés là qu’une sorte de cyclone de « seagulls » se mit à jaillir de dessous les voussures, de manière intarissable, interminable. Elles ne s’en prirent pas à nous mais se ruèrent vers le ciel dans un effrayant tonnerre d’ailes. Cela me parut durer une éternité. Quand enfin ce fut fini, je regardai avec curiosité l’endroit d’où elles étaient sorties. La terre, ou plutôt, le sable était complètement sombre, comme souillé, et divers objets informe de couleur noir trainaient ici et là. Je me rappelai soudain la raison de ma venue ici, et, au même moment, l’une des personnes qui m’accompagnaient, dit : « Elles ont tué le bébé, je vois des boyaux de bébé ». Je sentis aussitôt mon cœur défaillir, et une intense tristesse, doublée d’un sentiment de culpabilité écrasant, m’envahir. Cela était si insoutenable que je fus forcé de me réveiller, et, le temps de m’accoutumer à la réalité, j’aurais presque crié de douleur. Je me rendis enfin compte que ce n’était qu’un rêve, comme on dit – mais me frappa aussitôt le fait qu’un sentiment aussi bouleversant avait pu m’opprimer sans reposer sur rien, inspiré par quelque chose qui n’était pas ! Pascal était convaincu que notre faculté maîtresse n’était pas la raison, mais l’imagination. Le rêve pourrait être la preuve absolue démontrant cette sienne intuition. Du reste, tout ce que j’y avais vécu – sans le vivre – m’avait fait traverser toute une série de sensations morales, et celle de la fin n’en fut qu’une, la dernière, coup si violent de mon « imagination » que je ne pus le supporter.

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