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Faut-il voir Timbuktu, le film?

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A Ouaga, où le Fespaco bat son plein depuis hier. Il y a eu un petit débat — finalement résolu en faveur du « oui » — pour savoir s’il fallait montrer « Timbuktu », crainte de Boko Haram ou d’Aqmi (que les Burkinabés confondent allègrement). Je ne suis pas sûr que le film vaille le détour. La pluie de Césars qui est tombée sur lui en France m’avait déjà mis en méfiance et ce billet plutôt convaincant de Sabine Cessou confirme amplement mes craintes. Je ne crois pas que les Maliens aimeront la chose, notamment parce que Sissako joue à fond la carte du victimisme touareg (blanc), comme il l’a affirmé dans une interview avec Jeune Afrique. Cela tombe curieusement à un moment où le nouvel amenokal des Iforas, Mohammed ag Intallah, succédant à un vieillard victimiste et indépendantiste, déclare être pleinement malien et demande vertement aux fameux « groupes armés » de « foutre la paix aux populations. »

« Timbuktu » essaie aussi apparemment d' »humaniser » les djihadistes, peut-être pour se targuer de ce faux psychologisme du style « Hitler aussi était un homme: voyez, il adorait son chien Blondi et était végétarien ». Bien sûr, mais ce qui nous intéresse et ce que nous voulons comprendre, c’est comment cet homme qui peut avoir une décence normale, est en même temps ce monstre absolument terrifiant. Et le mental djihadiste, sur lequel nous attendons toujours le mot de l’art, n’est pas bien servi par la scène décrite par Cessou, du djihadiste sensible qui se cache pour fumer une clope et refuse de regarder une scène de violence. On a un peu l’impression que si les exactions touarégo-djihadistes avaient eu lieu à Nouakchott et non à Tombouctou, Sissako aurait été plus psychologiste et réaliste. Sur les souffrances d’autrui, on peut construire un message (destiné à un certain public, effectivement); sur ses propres souffrances, on construit un cri humain (qui saisit chacun aux tripes et au cerveau).

Et bien sûr, un artiste peut souffrir de la souffrance d’autrui, ou connaître le bonheur ou la vérité d’autrui, c’est même ce qui en fait suprêmement un artiste. Il n’apparaît pas que Sissako ait même effleuré ce niveau avec son « Timbuktu ».

Donc je crois bien qu’en ce qui me concerne, la réponse à la question posée par le titre de ce billet est « non ». Il y a tant de choses à faire dans une journée!

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  1. Pour info : quand on clique sur les deux liens de cet article on obtient un magnifique message « zone 404 ». Ce qui n’est pas le cas avec les liens des articles précédents.

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