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le facteur « occulte »

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Pour comprendre le comportement des politiciens africains, je crois que nous négligeons de tenir compte d’un facteur crucial, soit parce que nous ne savons qu’en penser (par manque d’outils théoriques et/ou d’information empirique avérée) ou nous n’y pensons tout simplement pas, étant donné que la chose ne paraît pas faire partie de la norme rationaliste qui organise la réflexion « scientifique ». Je veux parler de la croyance en l’occulte. Mais si dans un calcul rationnel, une personne devant prendre une décision considère d’un côté les constats d’une analyse de type purement « rationnel » (c’est-à-dire se fondant uniquement sur ce que les philosophes appellent « le monde des phénomènes », i.e., la réalité visible), et d’autre part les assurances d’un féticheur adepte de la « réalité » invisible, la conclusion à laquelle il aboutira pourrait nous surprendre.

Prenons le cas de Tandja au Niger : certaines données objectives étaient en sa faveur : dans l’optique d’un référendum, il pouvait compter, par exemple, sur le vote paysan – qui, dans les conditions de l’économie politique de la plupart des pays africains, n’est pas un vote véritable – et sur le ralliement d’une élite cajolée par des offres de poste ou de cash. D’autres données impliquaient que le projet était risqué. Il ne pouvait être certain de l’armée, d’autant plus qu’il s’était mis à la purger, ce qui renforçait les risques de renversement. Il ne pouvait non plus être certain de maîtriser les conséquences des sanctions économiques de court terme qui, dans un pays au budget aussi déséquilibré que celui du Niger, pouvaient très rapidement se traduire dans les revenus des salariés de l’Etat et toute l’activité économique qui en dépend. En gros, les risques et les chances s’équilibraient. Pour prendre une décision finale, il lui fallait donc une analyse plus fine – ou autre chose encore, une analyse plus occulte disons. Une analyse fine lui aurait facilement montré que le risque ne valait pas la chandelle. Le passé civil et militaire du Niger, le contexte de son évolution depuis 1991, la situation politique interne découlant d’une réussite formelle du processus de restauration autoritaire, présageaient des crises et des difficultés qui – si l’on se place sur un plan plus élevé que celui auquel les politiciens consentent à se placer – constitueraient une perte de temps criminelle pour un pays dans la situation du Niger. C’est ce qu’aurait pu lui dire un analyste politique de sens commun. Mais Tandja – c’est connu – préférait consulter des thaumaturges, les maîtres de l’occulte, qui lui promirent apparemment que tout irait bien dans le meilleur des mondes (j’en ai connu un, de ces thaumaturges, qui vit à présent dans une énorme baraque à Niamey et possède plusieurs voitures : en tout cas, songeai-je, pour lui du moins, tout est allé pour le mieux dans le meilleur des mondes).

Peut-on croire que Compaoré n’a pas fait de même ?

Je crois, bien entendu, que le fameux entêtement des chefs d’Etat africains s’explique avant tout par la soif de pouvoir dans un contexte de faiblesse de l’appareil institutionnel d’Etat. Les peuples n’ont pas, comme le veut le dicton cynique, les dirigeants qu’ils méritent, mais certainement, leur organisation politique produit certains types de dirigeants – et l’organisation politique d’un peuple à un moment donné de son histoire n’est pas la seule mesure de ce qu’il est. Cela dit, je pense aussi qu’il y a ce petit facteur occulte (dans les deux sens du terme) qu’il faudra bien un jour parvenir à mettre au clair, ne serait-ce que pour lui donner ses vraies proportions et son vrai sens.

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