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Gompers aux yeux roses

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Etrange cauchemar qui me réveille ce matin – étrange à force de sophistication cinématographico-littéraire. Je ne sais comment il s’est trouvé que je regardais un livre d’image ou un film documentaire sur l’Inde. Apparaît le visage d’un homme entre deux âges, ressemblant vaguement à Nehru mais ayant les yeux d’une couleur inhabituelle, un rien violette. Je crois que je lis une légende, à moins que ce n’ait été une voix off qui dit : « Voici le maharadjah Gompers, le maharadjah aux yeux roses ». Suit une explication qui le dit abstème, jusqu’à ce jour où… Et à partir de là, il s’anime, un léger sourire tremblant apparaît sur son visage qui reste par ailleurs triste et impavide, tandis qu’il reçoit une fiasque d’alcool. Il l’ingurgite d’une longue traite. « On craignit que cela ne le rendît malade », dit la voix off (car à présent, c’était certain, c’était une voix off) « mais cela ne parut pas avoir le moindre effet sur lui. Un matin, on lui apporta une bouteille de Veuve Clicquot… » Et sur ces entrefaites, sans que je m’en rendis bien compte, le documentaire cessa vaguement d’en être un, et je me retrouvais comme spectateur et témoin de la scène même, dans ce coin d’Inde, quelque part apparemment vers la fin des années 1940. Et c’est dans un camp, le maharadjah s’en étant peut-être allé à la chasse, ou je ne sais à quelle occasion. Il est assis sur un petit lit de camp, et boit son verre de Veuve Clicquot. Puis il appelle un serviteur qui s’approche bien près de lui afin de le débarrasser. Pendant ce temps, Gompers aux yeux roses s’était saisi d’un couteau à la longue lame et il l’enfonça dans le ventre du serviteur qui s’effondra silencieusement, comme un pétale qui tombe dans les sous bois. Armé de son couteau, le maharadjah se lève alors et s’approche de l’ouverture de la tente où se tient un autre serviteur. Il lui plonge le couteau dans le flanc. Puis il s’approche, penché et silencieux, de ceux qui sont couchés, enveloppés dans des couvertures à larges rayures rouge et orange. Apparemment, c’était le petit matin, et le camp n’était pas encore tout à fait réveillé. Sans tirer la couverture d’un serviteur emmitouflé et couché sur le dos comme une momie, il lui met la lame dans le ventre. Le prochain serviteur observe cet acte les yeux dilatés par l’horreur, et alors que Gompers s’approche de lui, il se lève vivement, rejette la couverture et s’apprête à s’enfuir. Mais Gompers lui lance un poignard dans le dos. Les serviteurs se mettent à fuir, et, pour une raison ou un autre, je me retrouve à courir parmi eux – et nous sommes poursuivis par Gompers, qui semble muni d’une extraordinaire quantité de poignards de jet. Derrière moi, les gens tombent en gémissant. Nous courons vers un village voisin, dont le marché est en train de s’organiser. Des cris d’horreur s’élèvent en nous voyant, et aussi parce que les dagues de Gompers atteignent une femme qui arrivait, avec ses amies, au marché. Mais nous sentons que Gompers n’avait cure des villageois et en avait uniquement après nous, son entourage – car j’étais à présent mystérieusement devenu un de ses jeunes serviteurs. J’aperçois des bâtiments au loin et me dis que si je parvenais à arriver à cet endroit, il y aurait suffisamment de cachettes pour échapper au maharadjah fou. Mais comment y arriver vivant ? Je repérai une sorte de futaie non pas d’arbres, mais de très hautes herbes – plus hautes qu’un homme – portant des sortes de grandes fleurs semblables à des roues de bicyclette et je m’y précipitai, à bout de souffle, et me demandant quel diable d’homme était ce maharadjah qui, lui, ne semblait nullement fatigué par son sanglant exercice. En même temps, ma conscience semble se projeter dans l’avenir, et je me vois assis, en train de lire un livre, censément le même que celui sur lequel ce rêve s’est ouvert, et un paragraphe disait quelque chose de ce style : « Les actes du maharadjah fou, du maharadjah tueur en série, ne furent pas pour peu dans le discrédit dans lequel tombèrent les Etats princiers de l’Inde ». Et je frissonnai d’horreur, mêlée pourtant d’un rien de nostalgie, et désireux d’en savoir plus sur Gompers…

Au réveil, je me sens vaguement frustré en me rendant compte que je n’en saurai jamais plus sur lui, puisqu’il n’a jamais existé. Sauf si j’écrivais son histoire.

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