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claquemurée

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A Maradi depuis quelques jours. Frappé du fait que la ville est devenue, pour ainsi dire, aveugle. Je me l’étais dit hier matin, en me promenant vers 7h dans une rue où j’avais jadis l’habitude de passer en me rendant, à pareille heure, au lycée (qui était à près d’une heure de marche de notre domicile) il y a bien longtemps. Il y avait là une villa habitée par mon professeur de philosophie, un Français (d’origine algérienne, mais sans trace sensible de cela, en dehors de son nom arabe). A mon passage, il prenait toujours son petit-déjeuner sur la terrasse découverte, seul assis, servi par son épouse ou compagne (il n’était pas marié je crois, et, lorsque plus tard je me fus lié à lui, il m’exposa une surprenante théorie du droit de l’homme à dominer la femme peut-être tirée de l’imagination du machisme arabe, de ses racines algériennes qui me paraissaient pourtant bien lointaines : et cette théorie explique la manière dont il brusquait sa douce et timide compagne et se faisait servir par elle). Le mur de la maison était si bas que tous les détails de cette scène matinale étaient visibles du passant et je ne me privais pas de l’observer avec curiosité, tout en étant rassuré quant au fait que je n’allais pas être en retard, puisque nous avions souvent philo en « première heure ». Aujourd’hui, la cour ce cette maison est dissimulée derrière de hauts murs revêches. Cela attira mon attention sur cet ordre de choses, et je me rendis bientôt compte que toutes les maisons du quartier que je connaissais ont à présent des hauts murs. Lorsqu’elles n’en n’ont pas, c’est parce qu’elles sont inhabitées et tombent en ruine. La mode a atteint aussi les bâtiments publics. Le siège de la BCEAO avait jadis un curieux mur ondulant du plus bel effet, garni de barreaux noirs – je m’étais une fois coincé la tête entre ces barreaux et ne pus être tiré d’affaire qu’au bout d’un effarant quart d’heure. J’aimais bien passer devant ce muret, car je pouvais admirer le gazon bien tondu (l’image de la verdure étant toujours reposant sous notre climat) et les bâtiments d’un luxe fonctionnel dans l’ombre feutrée desquels j’aimais à m’imaginer que se déroulaient d’importantes transactions. Là encore, hauts murs. Cela donne l’impression d’une ville qui se cache, de gens qui se terrent. Grandir dans ce Maradi-ci me paraît fort différent, du point de vue moral, de celui que j’ai pu connaître. Je vois bien d’où vient ce changement : l’influence nigériane, en croissance rapide depuis au moins une quinzaine d’années (depuis la mise en place du « transit spécial »). On voit, par exemple, dans les rues, des plaques et écriteaux en anglais : minoritaires certes, mais qui n’existaient absolument pas par le passé. Et d’une manière générale, les bâtiments et résidences de quelque importance ont pris cet air à la fois prétentieux et trafiqué qui caractérise ce qui passe pour être de l’architecture au Nigeria, avec un cachet « Nord Nigeria » qui y ajoute un surcroît d’inélégance.

Je pense revenir sur ce petit voyage une fois qu’il sera achevé.

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  1. Merci pour ce petit billet.
    Je pense en effet que l’influence de notre « cher voisin » est indéniable, dans ce domaine comme dans bien d’autres.
    Dans ce sens, ne pas oublier que les hauts murs « protègent » aussi les femmes des regards extérieurs.

    Réponse
    • Oui, très juste la remarque sur les femmes — surtout à Kano. Mais les Maradiens m’ont semblé être de mauvais imitateurs de Kano s’agissant des femmes. Heureusement!!!

      Réponse

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