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Un Anticolo et un Recolo: de tout pour faire Le Monde?

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On me signale deux essais parus dans Le Monde, ces deux derniers jours. C’est fascinant, car ils se répondent en s’opposant : l’un de Michel Galy (politologue spécialiste de la Côte d’Ivoire, anticolonialiste) qui est surtout un commentaire, proche de ce que j’ai écrit dans le postage précédent, et l’autre, qui illustre une des substances du propos de Galy, est de Jean Loup Amselle, anthropologue africaniste qui m’avait jusqu’aujourd’hui inspiré un vague respect (et qui s’avère appartenir à la tribu pimpante des recolonisateurs). Paraphrasant les thèses de J.-F. Bayard et autres pontes de l’africanologie française, Amselle nous apprend qu’en Afrique, il n’y a pas d’ordre ou d’organisation moderne de l’Etat, seulement des réseaux informels voués à la « prédation et à la redistribution ». Cette essence désordonnée de l’Afrique serait le résultat de toute son histoire, depuis les empires médiévaux jusqu’à la colonisation, ainsi que de sa façon ancienne d’organiser la vie collective. La conclusion : les problèmes de l’Afrique sont surtout le résultat de l’être de l’Afrique (la dissertation historiciste est une manière d’éviter d’être accusé d’essentialisme et donc de racisme, mais comme l’idée est de détecter des invariants africains in saecula saeculorum, on se trouve par le fait là en présence d’un essentialisme avec des dates) ; les solutions doivent venir du monde extérieur (« pays développés et organisations internationales »). C’est là une mise à jour de ce qui se disait vers 1880 pour envahir le continent : c’est un lieu de barbarie et d’esclavage ; mais il faut prendre pitié d’eux car cela vient de ce qu’ils n’ont pas connu le Progrès de la Raison dans l’Histoire ; la colonisation par l’Europe est la solution. Galy a raison et Amselle est dangereux – ce que je ne savais pas (bien que je ne connaisse pas ses travaux, il a une bonne réputation auprès de gens que j’estime raisonnables et de sens juste).

Les gens comme Amselle (et d’autres qui se sont répandus sur les plateaux télé de France et de Navarre ces derniers jours) sont écoutés parce qu’ils arrivent, comme la chouette de Minerve, à la fin de l’histoire. Des crises comme le Mali, la Centrafrique, ont commencé non pas au Moyen-Age, mais plus banalement dans les années 1980 (lorsque la mode anti-Etat des fameuses « organisations internationales » qui doivent venir à notre secours a forcé les Africains à cesser d’investir dans la construction de l’Etat) ; elles auraient pu, malgré tout ne pas éclater, pour peu que les « pays développés » ne s’en mêlent pas ; elles éclatent, tout le monde les découvre comme s’il s’agissait d’un soudain accès de pétulance destructrice, et les explicateurs déboulent sur la scène médiatique avec des concoctions verbales jouant sur de vieux souvenirs, des déjà-vu conceptuels ou théoriques.

Je ne crois pas que le Français ordinaire – de droite ou de gauche – soit content ou fier de ce que ses gouvernants font en son nom, mais je comprends sa position (l’ayant observée de près aux Etats-Unis). Certains de mes amis de gauche radicale me disaient que le citoyen américain n’avait aucune excuse, qu’il était un veau, que l’information était disponible mais requerrait juste un petit effort de recherche, que s’il ne faisait rien et n’essayait pas de savoir, c’était pour garder sa conscience tranquille et continuer à biberonner aux pies de l’Empire. Pas tout à fait faux, mais pas tout à fait juste non plus. Ce qu’il faut comprendre, c’est que ceux qui sont organisés gouverneront toujours ceux qui ne le sont pas. Les masses amorphes seront toujours façonnées par les corps militants et résolus. Le mépris ou la condescendance des militaires pour les civils se retrouve dans celui des prêtres pour les profanes, des administrations pour les usagers, des grandes entreprises pour les consommateurs et des Propagandastaffels modernes pour le citoyen lambda. La propagande médiatique – rendue plus efficace en climat démocratique-libéral par la curieuse liberté sans indépendance de la presse et l’omnipotence de la télévision – se gausse des efforts intermittents de citoyens possiblement épris de vérité et de justice, mais aussi requis par les exigences banausiques et sociales de la vie quotidienne. Après tout, même les Africains qui, de façon empirique, sont plus proches de certaines vérités, ne les découvrent pas toujours spontanément.

Soit dit en passant, et puisque je viens de « tacler » les média, si Amselle a perdu mon respect, ce n’est pas le cas du Monde.

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