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« Ze French Way » à Kidal

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Au Mali, le Mouvement National pour la Libération de l’Azawad – groupe aux objectifs et accointances fort difficiles à définir et qui n’a, comme caractéristique essentielle, que d’être massivement touareg – a, en accord avec l’armée française, pris le contrôle de Kidal, contrôle qui est devenu à présent la source principale de son pouvoir, voire de son existence politique. Que serait le MNLA sans Kidal ? Rien. Pas même quelque chose de comparable aux groupes djihadistes militairement écrasés par la France, sans fief ni refuge, mais détenant toujours une puissance de nuisance incontestable et trônant sur un pactole formidable fourni par les rançons des otages occidentaux – dont, tout récemment, plus de 13 milliards de nos francs versés à AQMI pour libérer les « otages d’Arlit ». Comme le MNLA n’est rien sans Kidal, et qu’il ne détient Kidal que grâce à la France, on peut conclure que Kidal est, en ce moment, un territoire sous tutelle française au Mali. La situation ressemble à ce que les rébellions touarègues des années 1990, en tout cas au Niger, réclamaient : l’autonomisation des régions revendiquées par les groupes rebelles, sous garantie française. A vrai dire, cependant, « tutelle française » est un propos excessif. Tout en empêchant le Mali d’établir l’ordre à Kidal, la France se refuse à le faire elle-même, peut-être par crainte d’être taxée de néocolonialisme, ou par ce goût marqué de la présidence de François Hollande pour des solutions en demi-teintes. Le meurtre des journalistes de RFI à 12 km de Kidal les a obligé à baisser le masque et à agir en puissance tutélaire : le Parquet de Paris a délégué des enquêteurs, l’armée française a détaché des effectifs pour sécuriser l’enquête, et la police française a envoyé limiers et spécialistes des interrogatoires, avec l’appui des services de renseignement français. La double fonction régalienne de la justice et de la sécurité est ainsi pleinement assumée, à Kidal,  par la France. Nul ne s’en étonne, sans doute parce qu’on savait, de toute façon, que Kidal, c’est, en somme, une enclave française.

On peut imaginer que la France a un intérêt à défendre à Kidal. Lequel ? Difficile à discerner, et on s’oblige à croire ceux qui, comme André Bourgeot, supputent qu’il s’agit d’avoir la primeur des richesses minières dont regorgerait le Nord Mali. On ne prête qu’aux riches. Les Français n’ont-ils pas joué ce jeu au Niger, avec l’uranium ? Les impérialistes n’ont-il pas, de tout temps, entretenu les mésententes internes pour mieux tirer les marrons du feu ? Et par ailleurs, la politique africaine de la France a été définie, en 1958, par les gaullistes, non pas en termes coopératifs (« Plus l’Afrique francophone est prospère, plus nous le serons »), mais en termes antagoniques (« Nous avons besoin d’une Afrique francophone humble pour maintenir notre grandeur »). Si une telle vision des relations entre la France et l’Afrique aurait pu ne pas être, dès lors qu’elle s’est imposée (entre 1958 et 1974 en gros), il est difficile de la démanteler. Ce que les spécialistes des sciences sociales appellent la « path dependency ».  Kidal est une illustration de ce fait. La France aurait pu aider le Mali à refonder son administration et sa défense à travers la gestion de cette zone difficile, géographiquement ardue et économiquement isolée. On aurait pu imaginer un de ces vastes programmes de réoccupation du terrain que les Américains – à travers leur armée – ont su parfois mettre en œuvre en Amérique latine, quelques réserves qu’on dût éprouver à l’encontre de leurs motivations réelles. Mais ce n’est pas la manière française. On préfère agir en douce, avancer masqué, prendre le contrôle avec une telle arrogance qu’on n’éprouve le besoin ni d’expliquer, ni de se justifier, et ne rendre compte à personne qu’au saint des saints, à l’Elysée, même si, ici, ce sont les Maliens qui souffrent et crèvent, Touareg ou pas.

Sauf que, parfois, ce ne sont pas que des locaux qui sont frappés. Cela peut même être des Français, et des journalistes qui plus est. Alors, on est bien obligé d’un peu baisser le masque. Mais ce sera sans doute tout.

Oui, certes, la France donne une explication officielle de son attitude à Kidal : il s’agit d’amener « les Maliens à dialoguer ». En petit, cela ressemble à ce que font les USA en Israël-Palestine. Ils couvrent les abus des Israéliens, puis veulent forcer les Palestiniens à dialoguer avec eux, et s’étonnent de ce que cela ne marche pas. La différence, c’est qu’au moins on ne peut pas accuser les Américains d’avoir créé de toutes pièces le problème israélo-palestinien.

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