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Ce qu’eût été « l’Azawad »

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L’intégralité ( ?) du document retraçant le projet d’Aqmi pour le Nord Mali a enfin été rendue publique par les médias français qui l’avait « découvert » dans un fatras laissé dans une salle de l’ORTM de Tombouctou par les djihadistes en fuite. Le texte, traduit en français sous le titre « Directives générales relatives au projet islamique djihadiste de l’Azawad » est le rêve d’un Etat dont les promoteurs sentaient bien qu’il ne verrait pas le jour. Une expérimentation, déclare de façon révélatrice le signataire du document, l’Algérois Abdelmakek Droukdel, au détour d’une phrase. Un mirage. Il retrace une drôle d’aventure.

Une fois que les bandes armées djihadistes et touarègues s’étaient rendues compte que l’Etat malien n’était pas en mesure de défendre sa souveraineté sur les régions nord du pays, une troublante possibilité s’était présentée : celle de créer un nouvel Etat ! Problème, cependant : cet Etat devait-il être basé sur le règne de l’Islam ou le pouvoir des Touareg ? Ansar-Dine et MNLA refusèrent de s’entendre sur la question, et selon Droukdel, c’était de la faute de Ansar-Dine : dans les accords du 6 mai 2012, le MNLA, après tout, avait accepté l’idée d’un Etat islamique et ne disputait que des questions de forme : « ils ont accepté le projet d’un Etat islamique et se sont ligués avec nous contre nos ennemis : que désirer de plus ? » D’ailleurs, laisse-t-il entendre, on pourrait embrasser le MNLA pour mieux l’étouffer ensuite : « Nous devons aboutir à un accord global et contraignant avec le MNLA à ce stade afin de renforcer l’Azawad de l’intérieur en prévision du plus grand danger venant de l’extérieur. Il faut adopter la politique du prophète avec les Juifs, assassins des prophètes et pires ennemis des musulmans ».

Pour Droukdel et ses amis, l’Etat islamique de l’Azawad avait ses chances si : 1. Djihadistes et ethnicistes touareg parvenaient à un accord de partage de pouvoir, 2. On parvenait sur cette base à se concilier les notables des autres communautés du Nord Mali (Songhay, Peuls, Arabes), 3. On respectait temporairement et pour des raisons pratiques l’Islam traditionnel des populations (à dominante soufie et de rite malékite), et 4. On unifiait ainsi les populations du Nord derrière le gouvernement et l’Etat islamiques instaurés. Cette stratégie visait surtout à mettre obstacle à l’intervention armée que Droukdel estimait très probable, voire certaine. Si toute la population de « l’Azawad » se mettait à soutenir le nouvel Etat, les ennemis du projet y regarderaient à deux fois avant de s’en prendre à lui.

Pour les mêmes raisons, Droukdel incite ses lieutenants et alliés à cesser de vitupérer des menaces à l’encontre des pays voisins. Si on ne les braque pas, pense-t-il, ces derniers ne se prêteraient peut-être pas aux plans d’intervention armée. Si, de cette façon, l’Etat islamique de l’Azawad gagnait un semblant d’existence, les ministères seraient partagés entre djihadistes (essentiellement des Algériens d’AQMI et des Touareg d’Ansar-Dine) et ethnicistes (MNLA). AQMI se réserverait en particulier les ministères régaliens du point de vue islamiste (médias, justice, prédications et affaires islamiques, enseignement) tandis que le MNLA prendrait les affaires étrangères, les finances, les travaux publics.

Droukdel croyait-il vraiment en cette chimère ? Un nouvel Etat enclavé dans le Sahara, environné de pays hostiles dont il menacerait nécessairement la sécurité, voire l’unité nationale (le Niger en particulier), au principal voisin méridional (Mali) irréconciliable, sans ressources avérées, sans véritable agriculture, sans industries, fermé au tourisme, nécessairement hostile à une bonne partie du commerce, rejetant sans doute l’instruction moderne d’origine occidentale, non reconnu par l’ONU, par l’UA, par la CEDEAO, ni du coup par aucun de ses voisins, forçant sur une majorité sédentaire et noire des idéaux importés de l’Arabie wahhabite et de l’aristocratie touarègue, et habillant de discours noblement islamiques ce qui ne serait que la domination d’exilés algériens et de groupes de Touareg maliens sur une population attendant avec impatience le moment de rejeter le joug !

Devant l’amère réalité du Nord Mali d’aujourd’hui, on peut au moins se consoler qu’il ait échappé à ça !   

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