Flux RSS

fausse-couche judiciaire aux USA

Publié le

L’affaire Zimmerman a sans nul doute avoir avec le problème racial aux Etats-Unis (j’y reviens en conclusion), mais l’aspect de la chose qui me frappe le plus est le caractère stupide du droit, qui me rappelle pourquoi j’ai commencé et puis ensuite abandonné l’étude de cette discipline. A cause de quelques stipulations décidées dans un texte, stipulations qui n’ont rien de logique ni de rationnel, un meurtrier est laissé complètement libre là où même quelqu’un qui aurait été mêlé par exemple à un accident d’automobile pourrait se retrouver en prison. L’une de ces stipulations, qui a été écartée dans les délibérations finales du jury, mais qui a joué un rôle clef dans la définition de l’affaire et dans une bonne partie du procès, est celle de la loi « Stand Your Ground » de l’Etat de Floride. Dans ses instructions au jury, la juge présidant l’affaire l’a présentée de façon soigneusement biaisée, afin de mieux l’exclure des délibérations du jury :

« Si George Zimmerman n’était pas engagé dans une activité illicite et fut attaqué à tout endroit où il avait le droit d’être, il n’était pas obligé de se retirer et avait le droit de tenir ferme (stand his ground) et répondre à la force par la force, y compris une force mortelle s’il a pu raisonnablement croire qu’il était nécessaire de le faire afin d’échapper à la mort ou à un grand tort physique qui serait infligé à lui ou à une autre personne, ou pour empêcher l’accomplissement d’un forfait commis de force. »

George Zimmerman, armé d’un pistolet chargé, a suivi l’adolescent Martin jusqu’à provoquer une réaction violente de la part de ce dernier, en dépit du fait que la police, contactée par numéro d’urgence 911, lui avait dit de ne pas suivre le garçon. Si Zimmerman n’avait pas été armé, il n’aurait jamais suivi Martin ni ne se serait comporté de manière à se faire « attaquer » par lui. Il s’ensuit que, quel que soit l’enchaînement des évènements, c’est Zimmerman qui était l’attaquant (ce que la juge nie, prenant ostensiblement parti pour lui) et Martin qui se défendait. A tout le moins, Martin exerçait aussi un droit de « Stand Your Ground » contre Zimmerman (qui était armé, alors que Martin n’avait qu’un sachet de bonbons). On peut en tout cas au moins voir que c’est « Stand Your Ground » contre « Stand Your Ground » et que dans ce clash entre des droits identiques, Martin, qui était le suivi et l’agressé, avait plus de droits que Zimmerman. Sans s’emberlificoter dans le labyrinthe d’oiseuses conceptualisations judiciaires (du genre homicide volontaire, involontaire et autres), on voit bien où les circonstances assignent la responsabilité criminelle, même par rapport aux lois de l’Etat de Floride. Il y a donc, pour le spectateur sensé de toute cette histoire à dormir debout, un état de choc résultant du contraste entre cette évidence logique et de sens commun et l’espèce de « réalité » créée par les concepts judiciaires et ayant poussé un jury de douze personnes à délivrer un verdict représentant un cas particulièrement révoltant de « miscarriage of justice » comme dit énergiquement l’anglais (« fausse-couche judiciaire », littéralement). Particulièrement révoltant parce qu’on ne peut s’empêcher de croire que, au fond des tripes de la juge et des jurés, il y a l’impression totalement subjective que Zimmerman n’était pas responsable parce qu’un jeune noir dans une rue d’un quartier bourgeois est une tache dangereuse et à effacer. Vieille plaie des Etats-Unis, apparemment incurable.

Publicités

Une réponse "

  1. Thanks, Rahmane, for your commentary. Whose ground? is a revealing question.

    Réponse

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :