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potins du monde

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En vacances (au moins par rapport au travail « régulier ») pour un mois, ce qui me permettra peut-être de faire vivre ce blog. Au sortir donc de cette période d’immersion laborieuse, jetons un coup d’œil sur l’état du monde, par désir masochiste d’être déprimé par l’humaine vilénie.

Par ici : rien de spécial à signaler. Les terroristes qui ont ému la populace locale semblent s’être quelque peu calmés. Rétrospectivement, en dehors de ce qui s’est passé à Agadez et Arlit, il ne s’agissait pas de grand-chose, l’attaque de la prison de Niamey s’avérant être plus du banditisme que du boko-haramisme. Mais il était intéressant de constater le réflexe « Homeland Security » qui s’était instauré durant cette période, non pas tellement de la part du gouvernement (la rue passant devant le palais présidentiel est devenue une sorte de labyrinthe de tonneaux et de barbelés forçant les véhicules à rouler au pas ; tous les sites relatifs aux forces de défenses et de sécurité se sont harnachés des mêmes équipements, ainsi que les environs des ambassades de France et des Etats-Unis ; les compagnies de sécurité privées connaissent un âge d’or) que de celle de la population. A l’américaine, avec force « racial profiling » s’appliquant surtout… aux Blancs (qu’ils soient de type européen ou arabe, la distinction ne semble guère faite), sans doute avec l’idée que le terrorisme, c’est de « l’Islam arabe » (pourtant, les terroristes d’Agadez et d’Arlit n’étaient pas tous des Arabes). Etant allé à Rimbo (compagnie de transport et messagerie) envoyer des documents sur Ouaga, j’avais devant moi un Européen qui envoyait un colis sur la même destination, colis qu’on le força d’ouvrir et qui contenait, comme il l’avait assuré, un téléphone cellulaire neuf. Je ne fus pas victime de la même contrainte. De même, pendant quelques jours, les rumeurs de 4X4 conduites par des « peaux claires » dans les zones périphériques, stationnant mystérieusement ou circulant de façon suspecte ou soi-disant telle amenèrent les gens à bombarder la police de coups de fil effarés. Comme le disent les affiches, à New York : « If you see something, say something ». Mais à Niamey, ils n’ont pas eu besoin d’affiches. Cela a l’air de se calmer cependant.

Chez le voisin : accord sur Kidal. Dangereux. Le MNLA y est placé sur un piédestal et les autres groupes représentant les populations (plus que ne le fait le MNLA) en sont exclus. Apparemment, il s’agissait, pour les Français (l’accord aurait été arraché au finish à la suite d’un coup de fil de Hollande appuyé par un autre de Ouattara), de « régler » l’affaire de Kidal (créée par eux-mêmes) afin de faire les élections à la date décidée par eux. Le reste, on verra après. Cela a l’air raisonnable, dans la mesure où le Mali n’a pas de direction politique en ce moment. Mais il a fallu donner pour ce faire une position solide à des gens qui, aux yeux de la majorité des Maliens, sont non seulement à la source de la catastrophe connue par le pays, mais aussi ont commis divers crimes graves et participé à un massacre bien connu. Pour noyer le poisson dans l’eau, on laisse filtrer que les criminels seront tous poursuivis, qu’ils soient du MNLA ou des forces gouvernementales. L’idée sous-jacente est apparemment de faire comprendre qu’il vaut mieux ne pas s’en prendre aux gens du MNLA par la suite, ce qui ne sera pas pour panser les plaies du pays. Au lendemain de la signature de l’accord, j’ai suivi un débat africain sur le canal francophone de la BBC (je crois, car la liberté de ton sur le comportement de la France cadre mal avec les consignes implicites qu’on sent sur les antennes de RFI) dans lequel les intervenants reconnurent tous – certains, nolens volens – que le MNLA avait été traité comme un enfant gâté par « la communauté internationale », sous la pression de la France. La vexante question du pourquoi de ce comportement de la France a encore été posée, et est restée non résolue, mais cette fois, quelqu’un a invoqué une raison à laquelle je n’avais pas pensé, et que je crois d’ailleurs fort improbable. Selon cette personne, la décision d’être du côté des rebelles du MNLA aurait été prise au sein de l’armée française, qui aurait guidé, à cet égard, la diplomatie, ce qui était une gaffe. En effet, l’armée aurait agi par pur sentimentalisme et admiration romantique pour la  « valeur guerrière » des Touareg. Je suis prêt à croire que l’armée française, qui est l’une des institutions de la République française dans lesquelles les réflexes et imaginations coloniaux restent les plus vivaces, ait effectivement eu ce genre de préjugés (apparemment confirmés par l’effondrement éclair de ce qui servait d’armée au Mali, mais face à des coups venant d’ennemis mieux armés et aguerris que les gens du MNLA). Je ne crois pas un instant, cependant, que ces préjugés ont pu prévaloir sur la tête froide des diplomates.

Tout ceci, en tout cas, prouve que Nkrumah avait raison : le néocolonialisme, expliquait-il, « se fonde sur le principe de l’éclatement de vastes territoires coloniaux unis en une poussière de petits Etats non viables, qui, étant incapables de développement indépendant, doivent se reposer sur l’ancien maître colonial pour leur défense et même leur sécurité interne. » Ce qui est triste et décourageant, c’est de constater que ceci qui était dit par lui dans les années 1960 reste encore vrai à ce jour. Et à cet égard, il est clair qu’on ne peut plus se contenter de blâmer le néocolonialisme, bien qu’il reste un facteur actif.

Plus loin : le Brésil s’agite pour des raisons intéressantes. Je ne me m’y connais pas, j’étais perplexe, et puis je tombe sur une interprétation de The Economist qui me met sur une piste qui fonctionne avec mes intuitions. Pour ce très libéral journal, les troubles du Brésil sont le signe que ce pays a enfin une classe moyenne, au lieu d’être un tandem unissant une petite Belgique très riche et une grosse Inde très miséreuse (image frappante d’une certaine vérité). La classe moyenne – c’est dans son éthos – ne supporte pas la corruption, le gaspillage et les services publics de piètre qualité. Je le crois. Mais cela veut peut-être dire que le Brésil est en train de devenir une vraie démocratie – c’est-à-dire une démocratie sociale (par opposition à la démocratie libérale). La démocratie permet à certains pays de contrôler les dérives et les bouleversements sociaux occasionnés par une montée soudaine et continue de prospérité et de richesse. Elle le fait en étendant la participation politique, forçant les gouvernements à réguler la croissance de la richesse (notamment en luttant contre la « corruption ») et à la redistribuer (sous la forme de services sociaux plus ou moins égalisateurs). C’est toute l’histoire de l’Europe occidentale depuis la révolution industrielle jusqu’à une époque récente (car l’Europe semble vouloir renverser toute son histoire de nos jours). Et il est vrai que le fer de lance apparent de cette lutte est la « classe moyenne », catégorie qui plaît au libéralisme de The Economist. Mais si la classe moyenne est un ingrédient nécessaire, elle n’est pas suffisante. Pour que ce genre d’évolution se produise, il faut qu’il y ait des alliances stratégiques entre la classe moyenne et les classes populaires. C’est ce que nous enseigne en tout cas l’histoire de l’Europe occidentale où les partis socio-démocrates (classe moyenne) et les syndicats (classes ouvrières) ont réussi à mettre en place la démocratie comme moyen, pour la société et l’Etat, de domestiquer le monstre Capitalisme. Ce moment historique semblait irréversiblement perdu. Mais on dirait qu’il réapparaît sous une forme inédite (et durable ?) au Brésil. Au vu de la prospérité et de la corruption de la Chine, prospérité qui a créé une classe moyenne dans ce pays, les libéraux occidentaux s’attendent depuis vingt ans à ce que cette classe moyenne joue son rôle historique et démocratise la Chine. Mais la classe moyenne ne peut pas réussir à elle seule à déclencher une telle évolution, et la nouvelle classe moyenne chinoise ne semble pas connectée aux classes populaires. Tel n’est pas le cas au Brésil, à cause, sans doute du fait que, contrairement à la Chine, le Brésil pratique déjà la démocratie formelle, libérale. Bien que la démocratie libérale soit une vaste blague, elle organise au moins la participation politique et crée ainsi les conditions idéales pour lancer la marche vers la démocratie sociale, qui est une affaire plus sérieuse et plus vraie. Mais dans un contexte de parti unique, les choses sont beaucoup plus compliquées à cet égard.

Ce qui nous ramène à l’Afrique. Dans certains des pays africains, on pratique la démocratie libérale, mais comme ces pays ne s’enrichissent pas, la classe moyenne ne croît pas assez vite pour jouer un rôle politique. La participation politique ne semble mener, du coup, qu’à des crises, à des conflits ou, quand tout se passe bien, à un renforcement du statu quo. Reste, cependant, le cas Afrique du Sud, qui devrait normalement prendre la voie du Brésil, de la Turquie ( ?)… Du moins faut-il l’espérer.

L’Europe toujours « en crise » : je ne lis plus rien, ces jours-ci, en tout cas en anglais, qui ne clame que l’austérité est une connerie et que l’Allemagne est la grande responsable de l’aggravation de la crise en Europe. Mais la crise ne profite-t-elle pas à l’Allemagne ? Les Allemands, dit-on, ne veulent pas payer pour les erreurs de leurs « partenaires », mais qu’on songe, par exemple, que si le crédit devient cher pour les pays du sud de l’Europe, il devient d’autant plus bon marché pour l’Allemagne (« valeur refuge »). Au lieu d’imposer aux pays du Sud l’austérité, l’Allemagne aurait pu leur imposer des réformes structurelles (tout aussi peu sympathiques, mais moins douloureuses) qui, en assouplissant la règlementation du travail, aurait pu redynamiser le secteur privé et redonner de la compétitivité aux pays « austérisés ». D’ailleurs le résultat est, aujourd’hui, à la fois similaire et plus grave : non seulement l’économie des pays a été laminée par la récession-austérité, mais le chômage force les gens à accepter l’emploi à n’importe quel prix, sans les garanties d’un assouplissement règlementaire en bonne et due forme. Je ne sais si l’Allemagne en profite, mais elle n’en souffre guère et peut – devant tant de défaillances – se rengorger dans l’admiration de ses inaltérables vertus. Et à l’occasion, pêcher des travailleurs désespérés dans les mares putrides de l’Espagne et de la Grèce.

Cela dit, il est vrai que l’Espagne, la Grèce, étaient (restent ?) des pays plus corrompus que le Cameroun (mais c’est l’Europe, donc il ne faut pas le dire). Et marquées par l’évolution de l’Europe post-démocratie-sociale, où classes moyenne et ouvrière semblent désormais partir chacune de son côté.

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