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De la mort de l’école en Afrique

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L’afropessimisme est-il mort ? Sans doute, car il s’agissait là d’un commentaire superficiel des effets immédiats des programmes d’ajustement structurels dont on rendait responsable non pas lesdits programmes, mais « la culture africaine » ou d’autres choses de ce genre. En tout cas, je me retrouve aujourd’hui à devoir expliquer ce que c’était que l’afropessimisme aux jeunes gens nés dans les années 1990 – à l’époque donc où il était en vogue. Il a disparu au cours des années 2000, non pas parce que la situation se serait réellement améliorée, mais parce qu’on s’y est habitué.

Entendons-nous : il y a bien eu des améliorations par rapport aux années 1990 et d’ailleurs les programmes d’ajustement structurel n’ont pas eu que des effets négatifs – même s’ils restent et demeurent une forme perverse de gestion économique et politique pour des pays se trouvant dans les conditions qu’on connaît en Afrique. Par exemple, si, au cours des années 1990, le retrait de l’Etat de l’économie a été indéniablement catastrophique, c’était essentiellement parce qu’il n’a pas pu être immédiatement remplacé par des entreprises privées. La situation qui prévalait à l’époque du tout-Etat avait révélé ses limites, que ce soit d’un point de vue économique ou politique. La solution imposée par les Occidentaux (se servant du FMI et de la BM) était extrême et contre-productive, parce qu’elle reposait sur une analyse erronée de la situation, mais en libérant de l’espace occupé par l’Etat, elle a permis à des initiatives privées de se développer, et cela a, en fin de compte, relativement élargi le secteur moderne de l’économie dans ces pays. Néanmoins, le côté radical du retrait de l’Etat était un concept désastreux, fondé sur la notion totalement idéologique que « le marché » peut, à lui tout seul, développer un pays (cette idée est aussi idéologique que celle du prolétariat moteur du développement chère aux communistes). Les améliorations apportées par la seule action du marché sont limitées et ne sont pas sans effets délétères et funestes (comme les Nigériens s’en sont clairement aperçus lors de la crise alimentaire de 2005). Il est évident, notamment, qu’on ne peut se développer sans construire une base industrielle adaptée ainsi qu’un tissu infrastructurel non-éléphant-blanc, ce qui est impossible sans intelligence et robustesse étatique.

En somme, bien des circonstances qui avaient amené le commentariat occidental à développer ses vues afropessimistes sont encore présentes aujourd’hui en Afrique et nombre d’entre elles se sont même aggravées. Pourtant, aujourd’hui, il s’est mis en place un discours afro-optimiste tout aussi superficiel que l’afropessimisme des années 1990. Il y a plus de stabilité politique, plus de démocratie, plus de croissance économique, et des facteurs comme les transferts financiers des émigrés ou le  boom de la téléphonie mobile ne sont pas négligeables pour l’embellie économique du continent. Sans doute, l’Afrique des années 2000 est plus stable, politiquement parlant, que celle des années 1990, mais il n’est pas sûr que ce soit toujours pour les bonnes raisons ; il est vrai aussi qu’il y a plus de démocratie : que cette démocratie occasionne des conflits au moment des élections n’est pas en soi une mauvaise chose, puisque ces conflits démontrent que les gens prennent les élections au sérieux. Mais il ne s’agit là que de la démocratie libérale, limitée à la procédure politique et sans impact sur des sociétés qui demeurent structurées par des consensus autoritaires (au sens classique du terme, au sens où l’on parle d’argument d’autorité je veux dire), avec, d’ailleurs, des traductions immédiates dans les réalités politiques. Les consensus autoritaires stabilisent les sociétés – en les figeant. Ils expliquent en partie ce que j’appellerais « le paradoxe africain » : des sociétés stables ayant une vie politique instable et ne connaissant en fin de compte aucune véritable évolution socio-politique. Je ne m’étendrai pas sur les transferts financiers (qui profitent plus aux actionnaires de Western Union ou Moneygram qu’aux populations africaines) ou la téléphonie mobile (avec ses compagnies ayant transformé les Africains en vache à lait). Ce sont là choses qu’on ne peut rejeter mais dont on ne peut non plus se satisfaire.

L’afropessimisme était essentiellement un genre de fatalisme : il considérait que l’Afrique était prise dans des pièges structurels insurmontables qui destinaient le continent à une sorte de mort plus ou moins lente. Par exemple, selon des prédictions courantes vers 1995, l’Ouganda ne devait plus exister aujourd’hui, sa population ayant été décimée par le sida. L’afro-optimisme (assez relatif d’ailleurs) actuel dérive en bonne part du fait que ces prédictions fatalistes ne semblent pas en voie de se réaliser. Il reste encore, dans cet ordre d’idée, le catastrophisme fondé sur la croissance démographique galopante du continent, mais ce catastrophisme là est limité par l’idée opposée selon laquelle la croissance démographique peut être un atout (théorie du « dividende démographique »).

Mais les problèmes les plus fondamentaux d’un pays ou d’un ensemble de pays sont rarement d’ordre structurel. J’imagine qu’il existe des déterminismes contre lesquels on ne peut pratiquement rien, mais j’ai du mal à en trouver un exemple. L’impossibilité d’agir et le déficit de volontarisme sont fonction non pas des contraintes structurelles ou des processus naturels, mais bien de contingences ayant à voir avec ce qu’on a décidé de faire, les erreurs qu’on a commises et le refus de se corriger. L’exemple le plus inquiétant de ce fait, en ce qui concerne l’Afrique, se trouve, à mon avis, au niveau de l’éducation et de la formation des jeunes.

A cet égard, il y a eu trois étapes dans la plupart des pays africains, et toutes ces étapes étaient fondées sur des décisions politiques et non sur des déterminismes structurels.

A l’indépendance, dans les années 1960, l’idée était d’éduquer le maximum de jeunes étant donné des moyens fort modestes. Le choix politique, à cette époque, était que l’éducation devait être à la fois de qualité et étendue à un nombre toujours croissant d’enfants et de jeunes. Elle était considérée comme l’investissement indispensable devant mener au développement de pays qui, à l’indépendance, ne disposaient pour ainsi dire pas de cadres, même pour les tâches élémentaires d’administration. La fonction d’éducateur était prestigieuse, d’autant plus que la plupart des leaders politiques – en particulier en Afrique francophone – étaient issus de cette profession.

Dans les années 1980, pour amener les Etats à rembourser leur dette à l’égard des banques de l’OCDE, des politiques d’austérité furent mises en place (en plus des réformes dites structurelles) sous l’égide du FMI et de la BM, et les coupures budgétaires visèrent en priorité les quelques « secteurs sociaux » qui existaient, l’éducation et la santé. Une abondante littérature produite en Occident légitima ces coupures en prétendant que le secteur éducatif africain était sclérosé, inadéquat et budgétivore. Cette décision particulière ne provenait donc pas de l’Afrique, car à cette époque la plupart des gens, en Afrique, avaient tendance à considérer l’éducation comme un secteur de priorité économique (toujours dans la dynamique du développement) et non pas un secteur social. A ce niveau, on peut donc disculper les Africains sans trop d’hésitations, car l’arbitrage fut décidé à Washington, capitale du monde occidental. Il fallait, du point de vue des décideurs de Washington, choisir entre la qualité et la quantité : les Africains n’avaient tout simplement pas le moyen d’avoir les deux, puisque les parents n’étaient pas en mesure de se substituer à l’Etat pour le financement de l’éducation (cette dernière option était préférée par le FMI/BM mais s’était vite révélée impraticable du fait de la pauvreté de la plupart des ménages dans les pays).

Dans les années 1990, avec le fantasme des OMD notamment, on trancha en faveur de la quantité. L’idée paraît étrange à première vue : en quoi un grand nombre de gens mal éduqués peuvent-ils être de quelque utilité pour des pays dans notre situation ? Sans doute le raisonnement a-t-il été : mieux vaut un grand nombre de gens mal éduqués qu’un grand nombre de gens sans éducation. Mais le problème, c’est que l’option prise par le FMI/BM est finalement passé de « un grand nombre de gens mal éduqués » à « une intégralité de gens mal éduqués » et donc, finalement, « non éduqués ». Les réformes imposées dans ce cadre ont, en effet, été si destructrices qu’il est devenu impossible d’obtenir une instruction authentique en Afrique. Pour y arriver, la seule solution semble désormais être d’inscrire ses enfants dans les écoles expatriées (française, américaine, turque notamment), puisque la destruction commence à l’école primaire, dans une phase où les dégâts commis ne sont pas rattrapables et deviennent, du coup, effectivement structurels.

Que visent ces réformes ? Essentiellement à faire du chiffre pour se rapprocher des OMD et permettre aux thuriféraires de la gestion « internationale » des affaires de l’Afrique de prétendre qu’il y a des progrès en dépit de l’austérité devenue chronique. En règle général, 80% des éducateurs sont, aujourd’hui, dans les pays africains, des jeunes gens sans formation ni vocation, recrutés sur contrat, avec des critères si laxistes qu’une bonne partie de ces « contractuels » savent eux-mêmes à peine lire et écrire, d’autant plus qu’ils ont été scolarisés dans les années 1990, époque à laquelle la destruction de l’instruction était déjà bien avancée. Je viens, par exemple, de découvrir qu’une de mes jeunes cousines, devenue étudiante à l’université de Niamey (université étant, en l’occurrence, un bien grand mot), s’est fait embaucher comme « contractuelle » dans un village des environs de Niamey, en remplacement d’une autre « contractuelle » tombée malade. La pauvre fille n’a aucune compétence acquise ou naturelle pour enseigner des gamins de dix ans et le fait qu’elle soit étudiante à l’université ne veut rien dire sur ses propres connaissances, étant donné l’état actuel de l’université de Niamey. La preuve : lui ayant demandé si elle se sentait capable de faire le job, elle me répondit que non, et que, par exemple, elle n’avait aucune idée sur la manière d’enseigner « leurs maths ». Je lui demandai ce qu’elle entendait par « leurs maths » et elle répondit, « je ne sais pas, un truc qu’ils appellent « aritmétrique » ». Elle-même, bien entendu, a dû apprendre ( ?) quelques notions d’arithmétique un peu plus tôt dans sa scolarisation, mais il est vrai que si cela s’est passé dans les conditions dans lesquelles elle-même « enseigne », il n’y a guère de chance qu’elle se souvienne de quoi il s’agit, ni même du mot pour la désigner ! Elle avoua aussi se contenter d’essayer de lire des cours préparés, mais comme les enfants ne comprennent pas le français – puisque l’apprentissage qui devait leur donner cette aptitude a été raté –, que le village est peul et qu’elle ne parle que haoussa et zarma, elle n’a guère de possibilité de leur transmettre quoi que ce soit, même le peu qu’elle a pu comprendre. Tout ceci, cependant, n’est pas grave (ou est, en fait, plus grave encore), puisque de toute façon, les enfants ne redoublent pas. Quel que soit le niveau atteint, ils passent en classe supérieure. Il n’y a plus ni compétition, ni sanction, ni évaluation, étant donné l’urgence de produire des statistiques à la Potemkine pour les OMD. Ce système, destiné à économiser de l’argent, coûte quand même de l’argent. Il est vrai que les « contractuels » n’ont ni protection sociale, ni fond de pension et leur salaire est modique, mais ils doivent tout de même être payés, et je suis persuadé qu’un calcul rapidement fait montrera que 20 000 contractuels pourraient coûter autant que 5000 enseignants bien formés et payés de façon motivante, si bien que le fait d’avoir 20 000 contractuels n’implique pas qu’on fait des économies, puisqu’auparavant, le manque de moyen et l’exigence de qualité limitait le nombre des enseignants (leur formation prend des années, tandis qu’un contractuel est censé subir 45 jours de formation rapide, ce qui est d’ailleurs loin d’être systématiquement le cas). Je disais un jour que des pays comme le Niger pourraient être aidés à bon marché mais qu’on préfère les maintenir à grands frais dans la pauvreté. Cette politique est une angoissante illustration du fait !

Le Niger n’est pas une exception, mais plutôt la règle, en tout cas dans les pays francophones. Des universitaires sénégalais me disent qu’à l’université de Dakar, enseigner en français devient de plus en plus ardu. Cela est dû, sans doute, au fait que la langue wolof a, au Sénégal, des propensions dominatrices qu’on ne retrouve nulle part à ce degré avec les langues locales des pays africains. Elle écrase non seulement les autres langues sénégalaises, mais le français lui-même, en dépit de son prestige de langue coloniale, étatique, moderne et internationale. Mais cette tendance est renforcée par la destruction de l’éducation à la base. Les Nigériens, qui détestent la France mais aiment le français, continuent encore à l’utiliser de façon prédominante dans les structures scolaires, mais étant donné qu’ils l’apprennent de moins en moins à la base, la qualité de leur français se dégrade très rapidement. Je regardais l’autre jour un téléfilm nigérien de 1989 et j’étais sidéré de voir à quel point le français de tous les acteurs était grammaticalement parfait et prononcé avec assurance et fluidité. J’étais sidéré parce que j’ai oublié, car j’étais un adolescent à cette époque et, en classe de 3ème, j’avais des débats houleux sur le marxisme et le capitalisme avec un de mes camarades, débats faits évidemment en français et nourris par des échanges d’articles trouvés dans la presse française et dans les productions de l’Agence Tass. Ces articles que nous lisions pour ainsi dire « couramment » à l’âge de quinze ans sont aujourd’hui difficilement compréhensibles à un étudiant d’université, simplement parce qu’il n’a pas pu acquérir, à la base, les aptitudes linguistiques nécessaires pour les déchiffrer. Il faut, aujourd’hui, à un étudiant un très haut degré d’intelligence personnelle pour se hisser au niveau moyen ou même médiocre des étudiants de 1990. J’ai toujours cru que la meilleure partie de notre instruction provient de nos propres efforts et des qualités de notre personnalité : mais nous devons d’abord avoir reçu, à l’école, les munitions adéquates. Les jeunes africains d’aujourd’hui ne les reçoivent pas.

Je crois qu’on peut prédire sans crainte de se tromper que dans deux ou trois générations, si l’on ne change pas de politique, on ne pourra plus vraiment parler d’Afrique francophone par exemple. La francophonie est entièrement issue, en Afrique, du milieu scolaire : c’est là son espace de production et de reproduction. Cet espace est en voie de destruction, ce qui explique d’ailleurs en partie le dynamisme de cultures éducatives différentes ou alternatives, comme par exemple celles basées sur la religion musulmane dans les pays du Sahel. Le retrait de la culture francophone – laïque et libérale – s’accompagne de l’avancée d’autres cultures, qui ont d’autres qualités ou caractéristiques bien à elles et qui produiront, si tout continue à évoluer de la façon actuelle, une Afrique toute différente, très déseuropéanisée, vers 2040 disons. Ici, comme ailleurs, l’Occident s’ingénie donc lui-même à détruire les fondements subtils et vivaces de son influence et de son pouvoir sur les peuples qu’il a jadis dominés, spectacle historique bien curieux et bien intéressant dont on fera peut-être le compte-rendu en 2060. En soi, ceci peut s’avérer une évolution positive : l’Afrique deviendra alors véritablement « post-coloniale » comme elle fut « précoloniale », mais étant donné l’importance du système scolaire comme mode d’insertion dans le monde moderne, la débâcle qu’il semble qu’on doive affronter dans l’intervalle paraît bien inquiétante.

Quelle est la responsabilité des Africains dans cette débâcle, précisément ? J’ai dit que, pour ce qui est de l’imposition des politiques d’ajustement structurel, on ne saurait les blâmer. Bien entendu, les économistes, sociologues et politologues des années 1980-90 se sont en majorité fait les hérauts (ou les griots) de l’idéologie FMI/BM en ressassant les insuffisances des sub-sahariens, généralement sur un ton moralisateur ou normatif : corruption, tribalisme, primordialisme, néo-patrimonialisme, goût inné du désordre et de l’anarchie, etc. Mais le FMI/BM se sont occupés du cas de l’Afrique pour sauvegarder les intérêts des banques de l’OCDE et nullement pour transformer les Africains en anges d’ordre et de vertu. Devant cette avalanche de bilieuses critiques, en tout cas, les Africains ont généralement plié l’échine. Il n’y a eu aucun sursaut de fierté, nulle résistance, nulle envie d’en découdre et de dire « je vais vous montrer ». C’est un choix, on peut l’expliquer, on ne peut, à mon avis, le justifier.

Les Africains semblent avoir tellement absorbé le discours sur leur impuissance qu’ils sont, en effet, devenus (psychologiquement) impuissants – ceux, en tout cas, dont l’éducation les prédispose à écouter ce discours. Je me souviens de cette visite dans une rizière des environs de Niamey avec un ingénieur militaire, en 2010 (sous la junte qui a renversé Tandja donc). Les riziculteurs inondèrent l’ingénieur de propos du style : « Maintenant que vous, militaires, vous avez pris le pouvoir à ces civils trop occupés de politique, on s’attend à ce que le travail soit fait enfin ! » A un moment donné, l’un d’entre eux prit la parole pour développer, avec éloquence, ce thème : « Faites en sorte que nous n’ayons plus rien à demander aux Blancs ». L’ingénieur ne répondit pas à ce propos et se rembrunit manifestement, mais je n’y prêtai pas attention sur le coup, parce que j’étais surpris et impressionné par le discours (en un beau zarma de terroir, digne, sans colère et sans bassesse aussi) du riziculteur. Plus tard, lorsque j’essayai d’en parler à l’ingénieur, celui-ci me coupa immédiatement la parole et rétorqua : « Mais que peut-on faire sans les Blancs ? Rien ! » Peut-être les riziculteurs, illettrés et cherchant leur pitance dans un labeur rude et une endurance de mule, ne pouvaient-ils pas être au courant de cet axiome… Mais je l’ai souvent rencontré. Le prestige de « l’expert blanc » paraît sans borne dans les bureaux des ministères, parmi des gens, pourtant qui, contrairement aux paysans, ne se privent pas à son encontre de propos amers et hargneux à l’occasion. Les dirigeants africains ne réserveraient pas un millième de l’attention qu’ils lui accordent à un Africain de calibre similaire ou même supérieur. Curieusement, alors que – aux Etats-Unis du moins – les « Blancs » cherchent à s’instruire sur les problèmes africains en écoutant de préférence des instructeurs africains, les Africains eux-mêmes s’y refusent et ne se rendent pas compte qu’une bonne part de l’expertise de leur « Blanc » est, en fait, un dérivé ou un « digeste » des connaissances et de l’expérience d’un congénère africain inconnu et méprisé.

Je pense que cette attitude mentale explique l’absence de résistance devant des impositions qui relèvent du sabotage ou de la stupidité. Je suis persuadé qu’un pays africain très courageux mais dépourvu de rentes solides n’aurait pas pu résister longtemps aux pressions du FMI/BM. Mais des pays africains pourvus de rentes solides – le Gabon par exemple – s’y sont pliés. Et d’autre part, avec la bonne attitude mentale (passionnément exposée et défendue par Thomas Sankara à l’époque), il était possible d’offrir un front uni aux pressions du FMI/BM/Occident au début des années 1980. Le rapport Berg, qui a mis au point, en 1980 ou 81, l’agenda du FMI/BM est sorti pratiquement en même temps que le Plan de Lagos, qui, sur la base d’une analyse radicalement opposée de la crise africaine, proposait une voie alternative. Les dirigeants africains n’ont pas été capables de mettre en œuvre, ensemble, le Plan de Lagos, et ils ont été obligés de se soumettre, séparément, à l’agenda du FMI/BM. Le 4 juillet 1776, Benjamin Franklin déclara, au moment de signer la Déclaration d’Indépendance, « We must all hang together, or most assuredly we shall all hang separetely » (« Nous devons tous nous accrocher les uns aux autres ou nous serons très certainement accrochés [pendus] séparément »). Les dirigeants africains ont décidé d’être accrochés séparément, et nous le payerons cher pendant longtemps.

 

 

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