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Nouvelles de la turbulence

Publié le

Les nouvelles autour de la turbulence qui nous environne :

Gros forum à Niamey, sur deux jours, pour lancer l’investissement de l’Etat dans les zones arides du Niger, mais où il a été essentiellement question de la crise malienne. Bien sûr, puisqu’étaient présents les deux gestionnaires « Communauté Internationale » de ladite crise, Pierre Buyoya de la MISMA (énergique politicien burundais qui, au vu de son parcours, mérite une certaine confiance et qui, d’ailleurs, a mieux mérité de son pays que le voisin Kagamé tant acclamé) et Romano Prodi de l’ONU. C’était hétéroclite. Mélange d’experts – quantité de ceux que j’appellerais plutôt les « experts amateurs » –, de diplomates, de journalistes, d’acteurs de terrain (personnalités du Nord Mali notamment). Oh, et puis Landing Savané, présent à je ne sais pas trop quel titre, mais qui a enfourché son cheval de bataille de toujours, la solution par un fédéralisme africain. Rien de bien clair ne peut sortir d’une telle assemblée, mais elle laisse comprendre certaines choses tout de même. Exemples :

Buyoya : a quitté sa réserve diplomatique pour critiquer la classe politique malienne avec une  certaine passion, mais sans nommer des noms. Pense qu’il y a une réelle volonté politique derrière l’idée d’une force d’intervention rapide africaine émise au sommet de l’UA : à voir ! (Ce ne serait pas une mauvaise chose : Savané a raison sur l’idée d’un rassemblement africain, quelle qu’en soit la forme, mais le problème c’est qu’il ne peut y avoir rassemblement sans un leader qui discipline les uns et les autres, comme les USA le font pour les pays occidentaux/Japon/Corée du Sud/Taiwan. Une telle force peut être le début d’un tel leadership).

Prise de bec entre la maire de Goundam (Songhay apparemment) et Bourgeot (anthropologue français spécialiste du Mali et des Touareg). Ce dernier avait proposé la création de « communes nomades » au Mali. La maire a protesté que de telles communes seraient des communes ethniques. Elle a aussi laissé entendre que ce serait donner là des pouvoirs administratifs à des communautés (Touareg et Arabes) qui en useraient pour se livrer plus aisément aux trafics en tous genres qui ont été à l’origine des problèmes actuels : le mieux serait d’avoir toujours des communes « mixtes ». Il y avait du bon sens dans cette réplique, mais la contre-attaque de Bourgeot s’est basée uniquement sur l’aspect « ethnique » : les communes sédentaires seraient aussi des communes ethniques, puisque composées à 95% d’ethnies sédentaires, donc pourquoi ne pas accepter des communes touarègues ou arabes ? L’argument me paraît spécieux : les communes nomades seront nécessairement ethniques (et se résorberaient en fait dans des pouvoirs de type clanique) tandis que les communes sédentaires ne le sont qu’accidentellement ; par ailleurs, le fait – déplorable en soi – qu’il existe des communes avec peu de diversité ethnique n’entraîne pas qu’on dût créer des communes sans aucune diversité ethnique. J’ai une fois remarqué que les Africains conservateurs à propos de leur propre société deviennent parfois progressistes lorsqu’ils examinent des sociétés étrangères ; l’inverse se produit souvent de Français progressistes en France, mais conservateurs en Afrique.

Bagarre des experts maghrébins : le Tunisien pense que l’Algérie est la source de tous les problèmes du Sahel (pour des raisons de lutte de pouvoir au sein de l’Etat et de l’armée algériens ) ; l’Algérien proteste qu’il faut comprendre l’Algérie qui a souffert dans son sang et sa chair de la guerre des années 1990 ; le Marocain blâme tout le monde pour l’absence d’une coopération régionale maghrébine capable d’investir dans le Sahel et par ailleurs affirme que le Sahel n’a pas tant besoin de renaissance du pastoralisme (idée un peu sous-jacente dans le plan nigérien de développement des zones arides) que d’investissements massifs dans l’économie et la technologie.

Le Tunisien (un géopoliticien un peu échevelé du nom de Mehdi Taje) a aussi laissé entendre que les intérêts défendus par la France au Mali ne concernent pas seulement la sécurité mais aussi et surtout les ressources du sous-sol malien : il y aurait plus d’uranium au Mali qu’au Niger, et après avoir sécurisé les ressources libyennes (en excluant les émergents), les Français chercheraient à faire de même dans le Sahel. Contre quoi : levée de bouclier des Européens (un spécialiste allemand et un autre français, je crois) qui protestèrent qu’on ne fait pas de guerre pour des ressources qui ne sont encore que spéculatives, puisqu’on n’en connaît pas la quantité réelle et qu’on n’en voit pas encore la couleur. Arguments assez naïfs mais peut-être corrects pour le cas d’espèce.

Un Nigérien de la société civile dit son étonnement d’avoir entendu textuellement, en Mauritanie, des gens dans un forum expliquer qu’il fallait favoriser la création d’un Etat islamique arabo-touareg au Nord Mali, afin d’y exporter tous les agités mauritaniens.

Le lendemain, et comme pour confirmer ces propos, un intervenant mauritanien a, au bout de longues circonlocutions, condamné l’intervention française au Mali tout en affirmant qu’aucun travail n’ayant été fait en Mauritanie pour « éduquer » la population, cette dernière est acquise aux « thèses de Bin Laden ».

C’est par ces biais que les fameux « non-dits » sortent.

Pendant qu’on faisait cette assemblée à Niamey, des journalistes découvraient un curieux document à Tombouctou : une sorte de lettre mémo écrite par Abdelmalek Droukdel, le chef (algérien) de AQMI à Tombouctou qui critique ses collègues du MUJAO et de Ansar Dine sur plusieurs points, dont l’application trop rude de la Sharia et la rupture avec le MNLA, considérée comme prématurée. Droukdel, fort de son expérience algérienne, explique aux djihadistes novices d’Afrique de l’Ouest qu’il convient avant tout de se concilier la population locale en évitant de lui imposer des fardeaux qu’elle ne peut supporter : « Une intervention militaire aura probablement, ou même certainement, lieu… nous obligeant à faire retraite dans nos bases arrière et montant les gens contre nous. Prenant en compte cet important facteur, nous ne devons pas aller trop loin ou prendre des risques dans nos décisions, ou nous bercer de l’illusion que ce projet est devenu un Etat islamique stable ». Apparemment, Droukdel était le PDG d’une entreprise qui n’était pas très écoutée par ses filiales. Cela jette un jour nouveau sur l’attaque de Konna.

Attaque qui, disent les services de renseignement français, serait due à une collusion entre le capitaine Sanogo et Iyad ag-Ghali, l’aventurier touareg qui pilote Ansar Dine. Selon ces renseignements, Sanogo devait profiter du coup de Konna pour faire un nouveau putsch à Bamako. Une fois au pouvoir, il négocierait avec ag-Ghali pour diviser le Mali, avec lui au pouvoir au Sud, et Ansar Dine au pouvoir au nord, dans un Etat islamique arabo-touareg. Le plan paraît extravagant et incroyable ? C’est justement à cause de cela que j’ai tendance à le croire, car Sanogo et ag-Ghali sont tous deux des aventuriers sans aucune valeur morale ou intellectuelle : c’est exactement le genre de bêtise qu’ils peuvent concocter. Cela dit, l’information provient de services de renseignement, et ces derniers ne sont pas une officine pétrie d’innocence et d’intégrité intellectuelles.

Elle cadre en tout cas avec ce que nous avons appris des rapports entre AQMI, Ansar Dine et le MUJAO.

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