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Pas sortis de l’auberge

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Le lobby pro-touareg en France s’organise, à travers ses canaux médiatiques habituels. Hier, vu un réportage d’Envoyé Spécial sur les « massacres de Touaregs au Mali. » L’idée était de faire une enquête autour d’une « rumeur ». Comme ce massacre est décidément évanescent, on part à sa quête, de façon un peu désespérée.

Le Nouvel Obs vient, quant à lui, de publier une interview complaisante d’un leader du MNLA: aucune question qui fâche. Le mec se sent tellement à l’aise, à l’abri derrière la protection de l’armée française, qu’il ne se prive pas d’insulter le Mali, son armée et ses dirigeants, tout en reprenant le roman historique du pogrom touareg auquel les âmes sensibles de France et de Navarre (si peu sensibles quand il s’agit de meurtres, ceux-là avérés, de « Noirs ») prêtent apparemment une fois inébranlable (ou du moins, très cultivée par les faiseurs d’opinion). C’est ici. On remarquera que le ton de cet homme est moins celui de la colère — qui aurait révélé la sincérité de sa rébellion — que du mépris et du rejet, qui est l’émanation d’un racisme mal contenu. La tactique qui consiste à accuser les « Noirs » de racisme est, quant à elle, bien calibrée à la sensibilité des Occidentaux.

Avant hier, j’écoutais sur BBC un chroniqueur qui raconta cette petite histoire: deux frères mouraient de faim; le plus âgé disparut; à son retour, il avait un petit quartier de viande qu’il fit cuire et donna à son cadet. Celui-ci mangea et c’est seulement après qu’il se rendit compte, en voyant la blessure à la cuisse de son frère, que ce dernier l’avait nourri de sa chair. Ces deux frères, ce sont les ancêtres des Sorko et des Bozo, et l’histoire montre la solidarité qui fonde la tradition sahélienne du « cousinage » ethnique (cousinage à plaisanterie). (Soit dit en passant, je connais cette histoire, mais dans la version que je connais, il s’agit plutôt de fonder le droit d’aînesse: les deux frères n’étaient pas des ancêtres d’ethnie, mais le Premier Aîné et le Premier Cadet). Le chroniqueur de continuer, dans son inimitable accent british, et de montrer comment le cousinage ethnique permet la paix et la fraternité au Sahel. Seul, dit-il, un peuple est exclu de cette fraternité, « the pale, light-skinned Touareg ». Les voilà, continua-t-il sur un ton pathétique, forcés d’abandonner leur vieux commerce du sel et de le confier à leurs esclaves, les Bellas. L’esclavage des Bellas, « dark-skinned Touareg », ne paraît, soit dit en passant, guère émouvoir le coeur si amolli d’humanité et de compassion de ce londonien personnage, contemplant, à travers la vitre où suinte la pluie, le mirage lointain de pauvres hères blancs perdus dans le désert brûlant, poursuivis par une soldatesque nègre assoiffée de leur sang de façon immémoriale. Il aurait, certes, suffi à cet éloquent discoureur d’appeler n’importe qui dans la vallée du fleuve Niger pour savoir que les Touareg sont en fait les cousins ethniques des Songhay et des Gourmantchés. Mais ce détail dépare la fable, n’est-ce pas? Cachez, cachez cette vérité que je ne saurais voir.

Philosophiquement on peut en conclure que l’être humain est décidément un animal qui ne peut se passer de fiction.

Politiquement, on peut dire que nous ne sommes nullement sortis de l’auberge comme j’osais l’espérer.

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