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guerre séquelle

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La guerre du Mali : je me demande si cela sera le nom qui restera à l’actuelle conflagration dans les annales de l’histoire. Cela ne dit pas grand chose, mais comment l’appeler autrement. C’est que cette guerre-ci, de toutes les guerres absurdes, est bien la plus absurde qui puisse se concevoir. Guerre livrée par des étrangers maniaques contre des étrangers échaudés dans un pays qui s’y est prêté à plaisir (à travers le comportement de sa classe « politique »), apparemment par pure légèreté. Guerre séquelle surtout : séquelle de la guerre civile algérienne des années 90 et de la guerre éclair contre Kadhafi. Vieille guerre du Sahara (Maures, Touareg) contre le Sahel nigritique. Guerre française aujourd’hui. Et chacun de se demander, loin des champs de bataille surtout, ce qu’il faut en penser. Journalistes, gens de marché à Niamey, intellectuels panafricains, ergoteurs français… Soudain on s’interroge un peu partout sur ce qui peut bien se passer à Gao et Diabaly (bourgade qui ne s’attendait pas, du temps de sa miséreuse quiétude rurale, à apparaître un jour sur l’écran tragique de CNN). On suppute les calculs des uns et des autres. Certaines choses changent peu. On vient de m’envoyer une série d’articles et d’interviews parus sur Médiapart, et qui sont surtout des commentaires – on aura bientôt des faits, plus ou moins avérés. Mais à présent, ces commentateurs vouent surtout aux gémonies le régime d’ATT et s’en prennent même (surprise) au MNLA, quoique avec un bâton moins contondant, je m’empresse de le noter. Ce qui transparaît au sujet d’ATT, c’est que l’opinion occidentale s’estime flouée : « Comment, c’était donc là ce parangon de démocratie que nous avions mis sur un piédestal ? » Et pour se venger de cette tromperie, on récite la litanie des faillites du Mali, y compris par rapport aux Touareg – qui, c’est connu, n’ont jamais tort. Je le dis ainsi parce qu’il me revient nettement qu’en 2007-2009, lorsque le Niger de Tandja faisait la guerre aux Touarg du MNJ, les commentateurs le persiflaient en comparant cette situation au cas malien, où les « accords de paix » auraient été mieux respectés et où la « décentralisation » aurait enfin donné un véritable pouvoir aux malheureux nomades bleus. Il a suffi que le MNLA s’en prenne au Mali et que, par contraste, rien de pareil n’arrive au Niger pour que les termes de la comparaison changent : tout d’un coup, le commentariat occidental commença à louer la sagacité et la bonne politique du Niger qui ferait contraste avec le laisser-aller et les iniquités du Mali. Ces commentateurs ignorent ou ne cherchent pas à connaître certains faits troublants : lors des premiers succès du MNLA, certains groupes touareg nigériens avaient déjà commencé à émettre des signaux guerriers. Il était évident aux yeux de tous, à Niamey, que si le MNLA continuait à progresser au Mali, un front apparaîtrait bientôt au Niger pour surfer sur la vague triomphale, s’allier au MNLA et mettre enfin les deux Etats « noirs » qui les « dominaient » à genoux. Un ancien chef rebelle bien en vue au Niger l’avait laissé entendre, déclenchant d’ailleurs une certaine amertume au sein du commentariat nigérien où les prises de position à caractère ethnique ne semblent tolérées à personne sinon à des personnalités touareg (un leader d’opinion local bien connu, d’ethnie peule, a d’ailleurs été démis de ses fonctions de conseiller à la présidence et mis en prison pendant quelques jours pour « incitation à la haine ethnique » pour avoir… dit du mal des Touareg – il est vrai, sur une chaîne de télévision.)

Quoiqu’il en soit, la présidence du Niger a, dès le début, adopté une posture ostensiblement belliqueuse appelant à une intervention armée rapide, posture correspondant à l’extraordinaire passion que la chute du Mali dans sa merdasse actuelle a suscité et continue de susciter au sein du public nigérien : le Mali, c’est, pour ainsi dire, notre frère jumeau – et la situation est ressentie au premier degré ici. C’est tout simple : ce qui lui arrive du fait des Touareg risque de nous arriver.

En réalité, la différence entre le Niger et le Mali ne se trouvait pas dans le traitement réservé aux Touareg. Elle résidait dans trois paramètres : la scène politique nigérienne était en meilleur état que la malienne, sortant d’une crise politique (tazartché) qui avait clarifié les enjeux ; le désert nigérien n’abritait pas des communautés djihadistes ; le désert nigérien recelait (recèle) de l’uranium, obligeant l’Etat à une plus grande veille sécuritaire.  En ce sens, l’uranium a été pour le Niger une « resource blessing » contrastant avec la fameuse théorie de la « resource curse ». C’est bien à cause de l’uranium qu’il a été plus évident aux djihadistes de songer à s’établir au nord Mali, et c’est encore à cause de lui que le Niger prenait plus au sérieux les conséquences du conflit libyen (qu’on se demande d’ailleurs pourquoi le Niger garde soigneusement à Niamey le fils de ce Kadhafi qui était devenu le suzerain des Touareg, en dépit des pressions du gouvernement libyen actuel).

Si le règlement de la question touareg est important à la durée de la guerre actuelle, les Occidentaux, et surtout les Français – qui s’étaient permis de soutenir à demi-mots le MNLA lors de son équipée – devraient apprendre à devenir plus analytiques et moins romantiques à l’égard des Touareg.

Mais les acteurs les plus importants, par rapport à la question de la durée du conflit, sont l’Algérie et la Mauritanie. En l’occurrence, la guerre actuelle est une exportation des problèmes de l’Algérie. C’est pour cela que l’Algérie ne voulait ni intervenir, ni que d’autres interviennent. Il fallait, de son point de vue, maintenir le plus longtemps possible les djihadistes occupés à tyranniser les populations du nord Mali, car cela les empêcherait de revenir s’essayer à la même tâche maniaque en Algérie. Par suite, l’attitude algérienne va certainement être marquée par une certaine ambiguïté à la pakistanaise dans cette affaire. Qu’on se demande d’où les djihadistes tirent les ressources logistiques – par exemple les approvisionnements en carburant et nourriture – qui leur permettent de rester opérationnels. Sinon de l’Algérie. Qui annonce avoir fermé sa frontière avec le Mali, certes, mais c’est plus facile à dire qu’à faire, étant donné la nature et la longueur de ladite frontière. Pour qu’une telle annonce ait un sens, il faudrait en réalité que l’Algérie masse des troupes à la frontière – comme la Mauritanie affirme le faire.

L’ambiguïté du cas de ce dernier pays est un peu le négatif de celui de l’Algérie : il s’agit moins pour elle d’exporter son problème que d’empêcher son problème d’éclore, ce qui est possible car, contrairement au Niger et au Mali – pays essentiellement de culture négro-africaine en dépit de leur islamité – la Mauritanie offre un terreau inflammable très semblable à celui de l’Algérie.

Si les Français et la CEDEAO parviennent à mettre en place une coopération significative avec l’Algérie et la Mauritanie, la guerre sera courte. Elle déclinera rapidement en conflit marginal de basse intensité et finira par s’éteindre dans les sables. Au cas contraire, on peut envisager un scénario plus ou moins afghan ou shebab d’un nid de vipères plus ou moins irréductible et nuisible, mais confiné à la solitude du désert et des montagnes du Sahara. Ce serait normalement là un scénario plutôt négatif pour l’Algérie, et son intérêt bien compris consisterait à collaborer – même sans le dire – avec les anti-djihad. Mais à lire la revue de la presse algérienne compilée par Médiapart du moins, les Algériens, loin là-bas, sur la côte méditerranéenne, préfèrent encore s’imaginer qu’ils peuvent acheter leur quiétude sur le dos des gens du nord Mali.

Mais avant d’en arriver jusque là, encore faut-il libérer la fameuse bourgade de Diabaly.

Cette affaire a un côté intéressant pour les Africains – un côté « choc ». Les intellectuels nationalistes avaient été écœurés par l’intervention de la France en Côte d’Ivoire et, dans une moindre mesure, en Libye. Si je comprenais certains aspects de cette colère, je n’en étais pas moins mal à l’aise du fait qu’elle les amenait à idéaliser une enflure de la dimension de Laurent Gbagbo, qui n’avait aucune noblesse de pensée et de sentiment et ne pouvait être un instrument réel d’émancipation africaine. Il est moins aisé – en fait, pratiquement impossible – de mettre l’intervention française au Mali dans ce sac des interventions françafricaines. D’ailleurs le sentiment qui semble prédominer actuellement dans la région semble être une certaine humilité ou humiliation du fait que l’UA et la CEDEAO n’aient pas pu, de façon indépendante, pris une certaine initiative – ne serait-ce qu’en comparaison de ce qu’a pu faire la CEA en Somalie, contre des adversaires similaires. Les choses ne sont pas aussi simples, cependant. Les puissances militaires réelles ne sont pas nombreuses de par le monde – les puissances qui peuvent prendre une initiative rapide, durable et sur une longue distance. Il n’y en a pas en Afrique de l’Ouest. Néanmoins, même du point de vue diplomatique, la CEDEAO a été foncièrement incompétente et incapable. Le Nigeria s’est envasé dans une sorte de crainte glacée. La Côte d’Ivoire a retrouvé son apathie de caniche de la France. Le Burkina Faso a aussi joué le mauvais jeu français comme à son habitude, recueillant dans sa capitale ses protégés touareg dans une comédie de négociations. Tout cela, pourtant, n’est pas uniquement de la faute de la France. Bien entendu, la faiblesse de ces pays est un fait objectif, mais non insurmontable si les hommes peuvent changer. Cela devrait amener ces nationalistes – si du moins ils le sont dans les faits et pas seulement dans les sentiments – à élaborer une vraie pensée politique du changement, de l’Etat et du pouvoir dans nos pays, au lieu de se contenter d’en vouloir à ceux qui ne font ce qu’ils font que parce qu’ils ont su s’en donner les moyens. En attendant, la France va sans doute devenir bien plus populaire dans la région qu’elle ne l’a jamais été et qu’elle ne mérite de l’être. On peut espérer voir en cela une manière imprévue de sortir de la Françafrique, mais j’en doute. Du moins, en ce qui concerne les Maliens, les Français pourront-ils rétorquer – si tout va bien – qu’ils leur ont rendu l’aide rendue par les Africains dans les années 40 pour les libérer de leurs propres tourmenteurs fanatisés.

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  1. tu me feras toujours jubiler cher ami !!!

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  2. Il est interressant de voir si la position de l Algérie va se maintenir après le truc

    Réponse

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