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Boko Haram, le Clan du Cercle et les Canards

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Lorsqu’on décrit Boko Haram comme un mouvement islamiste, on tend à tâcher de comprendre ses objectifs et ses actions – stratégiques comme tactiques – par rapport à la culture islamique. C’est une réaction un peu naïve, qu’on trouve même chez certains chercheurs chevronnés, surtout lorsqu’ils sont spécialisés dans l’étude de l’Islam. Pour ma part, plus je suis les agissements de Boko Haram, plus il me rappelle un autre mouvement terroriste n’ayant strictement rien à voir avec l’Islam, le Ku Klux Klan. Les similitudes formelles (organisationnelles et même idéologiques) entre Boko Haram et le Clan du Cercle sont frappantes.

Comme le KKK, BH n’est pas un mouvement organisé de façon hiérarchisé et centralisé. Il ne s’agit même pas d’un mouvement décentralisé, fédérant en chapitres des groupes partageant une organisation commune relâchée, autour d’un programme partagé. Les groupes, indépendants les uns des autres, se positionnent par rapport à la vie politique locale, et leur identité se définit par ceux qu’ils haïssent plutôt que par des liens organisationnels.

Chacun pouvait intégrer le KKK. De même pour BH. Le seul critère est l’appartenance à un groupe sans qualité particulière, avec des attributions qu’on peut dire acquises de naissance : la race dans le cas du KKK, la religion musulmane dans le cas de BH (la plupart des gens qui ont une religion, sans doute au moins 95%, doivent leur religion à la naissance plutôt qu’à la conversion ou au choix).

Par suite, le KKK comme le BH se prêtent à divers usages : non seulement pourchasser et supprimer l’ennemi (le Noir et le Blanc traître à sa race, le Chrétien et le Mauvais Musulman), mais aussi se prêter à des règlements de compte et à des manipulations politiques. Le KKK – qui a eu diverses incarnations après avoir été une première fois prétendument éradiqué par la poigne du général président Ulysses Grant en 1871 – a surtout permis au Parti Démocrate (à l’époque le parti de la réaction et du racisme) de reprendre la haute main sur la vie politique du Sud et de mettre un terme aux efforts des radicaux du Nord d’émanciper réellement les Noirs. De même, BH a certaines affinités clandestines avec les politiciens du Nord Nigeria (certains d’entre eux en tout cas : ne généralisons pas). Dans un cas comme dans l’autre, ces accointances sont, bien entendu, dissimulées dans l’ombre épaisse du déni et du silence.

Comme le KKK, BH est essentiellement un mouvement ségrégationniste et suprématiste. Pour le KKK, les Blancs et les Noirs devaient vivre dans des sphères séparées, et la sphère des Noirs devait être assujettie à celle des Blancs. Pour BH, les Musulmans et les Chrétiens doivent vivre dans des sphères séparées et étant donné la référence à la loi islamique selon laquelle les Gens du Livre ont des droits restreints et inférieurs à ceux des Musulmans, les Chrétiens doivent habiter une sphère subordonnée. Si BH essaie apparemment de les expulser du Nord Nigeria, c’est parce que la situation à l’intérieur du Nigeria, pays laïque ayant un chef d’Etat chrétien, ne permettrait pas de mettre en place un tel système. Si les Chrétiens ne peuvent être légalement infériorisés, ils doivent être expulsés par la violence et la terreur.

Le KKK est le fruit d’un sentiment de perte et d’une colère vertueuse. Ses membres avaient l’impression d’avoir perdu leur patrie à travers les actions tyranniques du gouvernement de Washington. L’assassin de Lincoln, John Wilkes Booth, était une vedette du théâtre, un peu l’équivalent actuel d’une star de Hollywood, jeune, beau, adulé, riche, quelque chose comme Tom Cruise. Il commis son acte par pure colère vertueuse, étant persuadé que l’ordre du monde voulu par Dieu reposait sur la suprématie ou liberté blanche et la servitude noire : « Je sais combien l’on me jugera stupide de m’être engagé dans une telle action », écrit-il dans une de ses dernières lettres, « alors que j’ai tant d’amis et tout ce qu’il me faut pour être heureux… renoncer à tout ceci paraît démentiel ; mais Dieu est mon juge. J’aime mieux la justice qu’un pays qui la rejette, je l’aime mieux que la célébrité et mieux que la richesse. » Il en est de même de BH, qui gémit de la perte du Califat de Sokoto, perçu comme un régime idéal détruit par les Chrétiens soutenu par le monde occidental.

Le KKK s’attaquait à trois ennemis : les Noirs, les Carpetbaggers (Blancs et Noirs du Nord, venus mettre en œuvre les réformes décidées à Washington) et les Scalawags (Blancs du Sud acceptant et aidant aux réformes). BH aussi s’attaque à trois ennemis : les Chrétiens, les émanations du gouvernement et du monde occidental (dont l’ONU) et ceux, parmi les musulmans qui les désapprouvent ouvertement.

Il y a une petite différence apparente: BH semble avoir quelques motifs légitimes de haine, du fait de la brutalité aveugle des éléments des forces de sécurité du Nigeria. Cette brutalité est elle-même le résultat de la faiblesse et du manque de moyen de ces forces de sécurité tellement vilipendées, qui, d’une part se vengent sur la population des conditions qui leur sont faites, et d’autre part réagissent avec excès parce qu’elles ont peur. Ces circonstances contribuent à expliquer, mais n’excusent pas leur comportement, et tant que BH s’en prenait à eux, on pouvait excuser ses comportements à lui. Mais il a vite fait de montrer – si on a voulu l’ignorer – que sa vendetta contre les forces de sécurité du Nigeria n’était pas un objectif, mais un simple détour rageur. D’ailleurs la rumeur – qui ne ment pas toujours – affirme que si BH ne déborde pas au Niger, cela est dû à une brutalité encore plus féroce des forces de sécurité du Niger, brutalité mieux couverte mais bien réelle : mais BH n’a pas d’objectifs au Niger, son terrain d’action étant le Nord Nigeria, l’ancienne base du Califat de Sokoto.

Peut-on juger du futur de BH par l’évolution du KKK ?

Le KKK n’a jamais disparu : il a mué au fil des décennies, perdant de sa vigueur durant certaines périodes, se créant de nouveaux ennemis (dans les années 1920, les catholiques faisaient partie de ses cibles favorites). Il est actuellement une constellation de groupuscules suprématistes blanches qualifiées d’organisations terroristes par le gouvernement des Etats-Unis. Ayant perdu, après les années 1960, le soutien des politiques, il est devenu un mouvement plutôt confiné de nos jours. Mais durant sa grande période, qui a duré presque cent ans, il n’a jamais pu être réellement neutralisé par le puissant gouvernement américain. Cela augure donc mal des choses pour le Nigeria. Idéologiquement, le KKK comme BH sont des mouvements sans fin visible. Ces mouvements ne prendraient fin que si le modèle de société hiérarchique, fondé sur la domination d’un groupe prédéfini, un groupe ascriptif (qu’on hérite plus qu’on ne le choisit) sur tous les autres, voit le jour. Or un tel modèle de société ne verra jamais le jour, ou ne pourra jamais durer bien longtemps. Les dominés auront toujours tendance à se révolter ou à saper la domination, et le groupe privilégié n’est pas non plus homogène dans son désir de domination. Une majorité de Blancs et une majorité de musulmans – majorités certes silencieuses – ne verraient aucun problème à ce qu’on laisse les autres races ou les autres religions tranquilles. Il faut donc non seulement forcer les dominés à accepter la domination, mais aussi les dominants.

Mais pourquoi ? Pourquoi vouloir un tel ordre ?

Parce que nous voulons tous vivre dans l’ordre. C’est la tendance humaine. Le problème, c’est que non seulement ces désirs d’ordre ne tendent pas vers le même ordre, mais certains ordres sont tout simplement odieux. Seulement, ceux qui les désirent les croiront toujours beaux et bons, quoi que nous en pensions – et ils croiront que c’est nous qui désirons un ordre odieux. Ne nous laissons pas aller à songer qu’ils ont peut-être raison : nous pouvons nous tromper dans certains cas (il y a certainement des gens qui se trompent généreusement sur le cas épouvantable d’Israël), mais comme dit l’adage anglo-saxon, si ça ressemble à un canard, nage comme un canard, se dandine comme un canard, cancane comme un canard, alors c’est probablement un canard.

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Une réponse "

  1. Irkoy TALFO

    L’africain noir que je suis a choisi

    S’il fallait choisir entre le paradis et l’enfer (s’ils existent)
    S’il fallait choisir entre la liberté et la prison (ils existent bel et bien)
    S’il fallait choisir entre les libertés et les privations de libertés
    S’il fallait choisir entre la lumière et l’obscurité
    S’il fallait choisir entre le modernisme et l’obscurantisme
    S’il fallait choisir entre le progrès et la régression
    S’il fallait choisir entre le bien et le mal
    S’il fallait choisir entre le monde judéo-chrétien et le monde arabo-musulman
    L’africain noir que je suis, choisirais, sans rien renier de ses propres valeurs :
    – Le paradis et non l’enfer
    – La liberté et non la prison
    – Les libertés et non les privations de libertés
    – La lumière et non l’obscurité
    – Le modernisme et non l’obscurantisme
    – Le progrès et non la régression
    – Le Bien et non le Mal
    – Le Monde judéo-chrétien et non le Monde arabo-musulman
    Car :
    – Le monde judéo-chrétien représente le paradis et le monde arabo-musulman l’enfer
    – Le monde judéo-chrétien est le monde la liberté et le monde arabo-musulman celui de la prison
    – Le monde judéo-chrétien est le monde des libertés et le monde arabo-musulman celui des privations de libertés
    – Le monde judéo-chrétien est le monde de la lumière et le monde arabo-musulman celui de l’obscurité
    – Le monde judéo-chrétien est le monde du modernisme et le monde arabo-musulman celui de l’obscurantisme
    – Le monde judéo-chrétien est le monde du progrès et le monde arabo-musulman celui de la régression
    – Le monde judéo-chrétien est le monde du Bien et le monde arabo-musulman celui du Mal
    Pour justifier mon choix, j’invite l’humanité entière à faire une observation : dans notre monde d’aujourd’hui, la guerre n’existe que dans le monde arabo-musulman (Algérie, Libye, Egypte, Syrie, Liban, Palestine, Yémen, Irak, Iran, Afghanistan, Pakistan, Mali à la lisière du monde arabe et de l’Afrique noire, etc) pendant que le monde judéo-chrétien est en paix ; paix troublée de temps en temps par les actions terroristes des djihadistes arabo-musulmans à coup d’engins explosifs et de bombes humaines.
    Pour justifier mon choix, j’invite l’humanité entière à se poser une question : quelle est cette religion barbare et criminelle dont les adeptes n’hésitent pas à se faire sauter comme des bombes humaines dans des mosquées (dans la maison d’Allah ! Sacrilège !) et au cours de cérémonies et rites musulmans pour tuer par dizaines et centaines des coreligionnaires musulmans et prétendre au paradis ?
    Ces djihadistes arabo-musulmans qui tuent au nom de Dieu et de la religion n’entreront pas au paradis.
    Enfin je me pose une question : comment des africains noirs, pourtant considérés comme des esclaves et rejetés pour cela par l’islam et les arabes, se veulent plus musulmans que les arabes ?
    Pour conclure, je lance un pari : Barack OBAMA, un africain noir est devenu Président des Etats-Unis, le bastion du judéo-christianisme ; je donne ma place au paradis à celui qui me convaincra, qu’un jour, un Noir deviendra un Président ou un souverain dans le monde arabe ; mon pari est valable pour le monde d’aujourd’hui et pour le monde d’après le Jugement dernier pour reprendre une considération fondamentale de l’eschatologie musulmane.
    IRKOY TALFO

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