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Syrie et « si » maliens

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Philippe Leymarie s’en prend, dans le blog du Monde diplomatique, à Jacques Attali en le plaçant au même niveau que l’effarant Bernard Henri-Lévy, parce qu’Attali appelle plus ou moins (et plutôt plus que moins) à une intervention occidentale au Mali. Qu’Attali soit aussi absurde que BHL est peut-être vrai, mais me gêne tout de même l’impression produite que la question malienne et la question syrienne ressortent d’une problématique devant être traitée par la même retenue et la même réserve. Etant persuadé que la meilleure chose qui puisse arriver au Mali, c’est que ce soit son armée elle-même qui libère le nord (et sinon la CEDEAO comme seconde meilleure solution, mais certainement pas les Occidentaux), je ne trouve pas l’option défendue par Attali désirable. Mais c’est une désapprobation politique et morale, non pas une désapprobation stratégique. Il faut, hélas ! que les bandes armées qui sévissent dans le nord Mali sentent la menace du canon. Idéalement, on voudrait qu’elles sentent assez de pression pour négocier une reddition sans qu’on en arrive à l’effusion de sang, mais cela sera peut-être inévitable. Quoiqu’il en soit, stratégiquement, il n’y a pas de dilemme : le nord Mali a été occupé par des bandes armées aux idéologies délétères, il faut le libérer. Tel n’est pas le cas de la Syrie, où les eaux sont bien plus troubles et les enjeux internationaux bien plus complexes. Contrairement au Mali, la Syrie est déjà un champ d’affrontement : entre Syriens certes, mais aussi entre le triangle Washington-Paris-Londres d’une part, et l’axe Moscou-Pékin de l’autres, chacun ayant à sa traîne son sicaire local, Israël pour le Triangle et l’Iran pour l’Axe (je sais que cette formule d' »Axe » peut paraître péjorative, étant donné ses résonances historiques, mais je ne l’utilise pas pour renvoyer au fascisme). Dans cette confusion, les pays de la région jouent un rôle de jeteurs d’huile sur le feu (Arabie Saoudite, Qatar) qui contraste avec la position rafraîchissante de la CEDEAO. En mettant les pieds dans ce plat, auréolé de son glorieux passé de mouche du coche en Libye, BHL peut créer ici un bruit désagréable. Il n’y a heureusement guère raison de supposer que, pour ce coup ci, les choses puissent aller au-delà du bruit, et seuls les francophones sont exposés au désagrément, autant que je sache. La Syrie n’est pas la Libye, « môssieu de Tobrouk ».

Elle n’est pas le Mali non plus.

Soit dit en passant, au Mali, il semble que l’armée locale veut s’organiser pour monter à l’assaut du nord, en prenant de vitesse les prôneurs d’intervention étrangère – y compris le chef de l’Etat du Niger qui fait du battage à ce sujet de Conakry à Paris, après avoir fait voter 44 milliards de francs au budget de la défense par son assemblée nationale. On ne peut que souhaiter tout le succès possible à l’armée malienne. Si elle reconquiert elle-même le nord, le Mali courra sans doute le risque d’une prétorianisation, car les militaires à succès s’imaginent souvent que leur triomphe doit les mener à la suprématie. Mais si l’armée malienne reconquiert le nord et ensuite se retire dans ses casernes, ce sera un coup de prestige qui rejaillira sur l’institution elle-même (et non pas sur un individu, comme ce fut le cas avec ATT en 1991) et qui participera de la plus heureuse façon de la consolidation de l’Etat. L’épreuve aura alors été salutaire. Mais voilà bien de « si » !

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