Flux RSS

Autour d’une mort/About a death

Publié le

Oussama Ben Laden a donc officiellement quitté la scène internationale. Aux Etats-Unis, on aura vu des jeunes excités se répandre dans les rues en braillant USA! USA!, comme s’ils avaient remporté la coupe du monde. Obama n’a pas le style arrogant de Bush, mais se devait de sacrifier à ce moment d’orgueil national : « Il n’y a rien », a-t-il déclaré, « que nous ne puissions faire en tant que nation. » De façon caractéristique, les chaînes américaines nous ont aussi retransmis la joie en Israël, et le désespoir des Palestiniens, tout ceci de façon pressée et frivole plutôt étrange s’agissant d’un moment qu’on dit « historique ».

Le détail que, pour ma part, j’ai trouvé le plus intéressant, c’est la persévérance, l’organisation, l’intelligence avec lesquelles le gouvernement pakistanais – des forces actives et permanentes au sein de différents gouvernements pakistanais – ont su protéger Ben Laden des années durant (combien exactement ?) en dépit du fait que le Pakistan était censément un pion des Etats-Unis. La plupart des Etats de l’Orient musulman (exceptions faites de la Syrie et surtout, bien entendu, de l’Iran) sont plus ou moins sous contrôle impérial des Etats-Unis, et c’est en général par les forces armées que les Etats-Unis maintiennent ce contrôle. Le pouvoir des despotes soutenus par Washington ne reposant pas sur les aspirations populaires, doit se maintenir à travers trois éléments : l’argent, le fer et la discorde, ou, en termes moins elliptiques, la corruption, la force armée et une politique interne de « diviser pour régner ». Dans cette région du monde, les Etats-Unis ont porté leur assistance sur l’élément « force armée », parce qu’il permet un contrôle discret et aussi parce qu’il est le dernier refuge du despotisme, lorsque les autres éléments deviennent inopérants pour une raison ou une autre. C’est ainsi que les Etats-Unis ont réussi à acheter la servitude de l’Egypte, et celle du Pakistan. Seulement, servitude ne veut pas dire loyauté, allégeance ne veut pas dire abdication. Nous allons sans doute voir les vieux thèmes orientalistes de la perfidie mahométane faire surface sous des formes revampées dans le commentariat occidental. Mais il s’agit là surtout d’un échec de la politique de contrôle impérial, qui confirme ce que les observateurs avertis subodoraient déjà : derrière « Al-Qaeda », il y a des forces étatiques.

Les Américains – en tant qu’Américains, attachés à leur égoïsme national et régis par leurs pathologies particulières (islamophobie, sionisme) – ont raison de se réjouir de leur succès symbolique. Au vu de leur action au Moyen-Orient cependant, il est difficile de ne pas considérer le combat mené par Ben Laden comme légitime, en dépit de méthodes moralement ineptes, et la meilleure preuve est bien le soutien qui lui fut accordé par des forces qui avaient toute raison de prétendre le combattre. On est sans doute fier de cela, au Pakistan aussi.

So Osama Bin Laden is gone. In the United States, we would have seen excited young folks taking it to the streets, chanting USA! USA!, as if they had triumphed in some kind of international sporting event. Obama does not have the arrogant ways of Bush Jr., but had to mark this moment of national pride: “There is nothing”, he declared “we can’t do as a nation.” Characteristically, the American TV channels also showed us the joy in Israel, as well as the despair of the Palestinians, all of this in a rushed and frivolous fashion which is rather odd for a moment touted as “historical”.

As for me, the detail that I found most interesting is the perseverance, organization and cleverness of the Pakistani government – of active and permanent forces inside successive Pakistani governments – in protecting Bin Laden all these years (how many exactly?) despite the fact that Pakistan was supposedly an American pawn. Most of the states in the Islamic East (Syria and especially Iran excepted) are more or less under the imperial control of the U.S. The power of the despots supported by Washington not being grounded in popular aspirations, must anchor itself in three elements: money, force and discord, or in less elliptical terms, corruption, security forces and a policy of domestic divide and rule. In this part of the world, the U.S. brought their assistance to the “security forces” element, since it allows for unobtrusive control and it is the last shelter of despotism, when other elements stop working, for some reason. That is how the U.S. managed to purchase the servitude of Egypt, and that of Pakistan. Only, servitude does not mean loyalty, nor does allegiance mean abdication. We are likely now going to see the old Orientalist themes of Mahommedan perfidy rehashed by the Western commentariat. What happened however was chiefly a failure of an imperial control policy, which confirms what good observers already sensed: behind “Al-Qaeda”, there are state forces.

The Americans – as Americans, bound to their national egoism and their peculiar pathologies (Islamophobia, Zionism) – are right to revel in their symbolic success. Given what they do in the Middle-East however, it is hard not to consider the struggle of Bin Laden – despite morally bankrupt methods – legitimate, and the best proof here is certainly the support granted him by forces that must feign to oppose him. I guess some are proud of this in Pakistan, too.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :