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« PWB »

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Maintenant le président des Etats-Unis d’Amérique est aussi victime du fameux délit de faciès. Vos papiers M. le Président ! Apparemment, on avait un peu trop vite clamé que l’élection d’un Noir (puisqu’ainsi est vu aux Barack Obama aux Etats-Unis,  sa mère blanche étant un détail sans intérêt) à la présidence du pays était le signe d’une évolution vers la fin du racisme américain.  Les racistes ont eu une autre interprétation. Ils se sont dits à peu près ceci, qui est le résumé de choses diverses que j’ai entendues, y compris de vis-à-vis : « Seigneur, nous voilà avec à la Maison Blanche un nègre incompétent qui va réduire notre pays à l’état de tiers-monde (raisonnement entendu dans un hôtel à Accra, où je pris un petit déjeuner, en décembre 2009, avec un Américain blanc et manifestement « tea-party ». Curieusement, l’hôtel s’appelait Hotel Obama) ; nous devons reprendre notre party (« take back our country », slogan du mouvement du thé). Il est clair d’ailleurs que cet Obama n’est pas américain. Il est musulman, ce qui n’est pas américain ; il a été à Harvard, ce qui n’est pas nègre américain ;  il a l’air bien trop sûr de ses racines, ce qui n’est certainement pas nègre américain ; en plus il est noir, et il est à la Maison Blanche, au lieu d’être sur un terrain de basket ball ; d’ailleurs il joue au basket ball à la Maison Blanche, et non au golf ou au tennis, ce qui doit certainement l’empêcher de s’occuper du budget fédéral ; et il ne fait pas de doute que comme tout nègre américain, il a passé sa jeunesse à jouer au basket ; comment, dans ce cas, voulez-vous qu’il ait gagné tous ses diplômes ? Avec toutes ses drogues de rasta ? Je veux voir son extrait d’acte de naissance, je veux voir ses relevés de notes du lycée, pourquoi cache-t-il ses relevés de note ? Je veux les voir, absolument. Et surtout, bon Dieu de bon Dieu, je veux le voir hors de la Maison Blanche ! »

J’éprouve un profond respect pour les Noirs américains. J’admire les Etats-Unis, j’y trouve certainement plus à y aimer qu’à y haïr. Les Américains sont les plus tolérables des Occidentaux, en termes de simples contacts individuels. C’est sans doute un terrain où on peut les trouver quelque peu superficiels en général, mais leur politesse amicale est si reposante comparée à la rudesse des Français ou à la froideur des Anglais. Par ailleurs, leur manière d’arranger les choses a en elle quelque chose de logique et de souple que j’apprécie mieux que tout ce que j’ai pu observer dans d’autres pays occidentaux, ceux qu’on peut leur comparer. J’aimerais, je crois, mieux vivre aux Etats-Unis que dans n’importe quel pays européen. Mais je n’aimerais pas y vivre – étant africain. On se sent haï, méprisé, effrayant, rejeté, mais cela n’est ce qui angoisse.  Cela peut arriver partout, et n’arrive pas toujours aux Etats-Unis. On se sent non admis, non accepté, ce qui est déjà presque inacceptable. Mais le fait est que l’on se sent Noir, et non simplement humain, ce qui est incroyablement épuisant. Qu’on me haïsse, qu’on me méprise, qu’on me rejette à cause de mes faillites humaines, vraies ou supposées, je suis d’accord. Mais lorsque je reconnais que ces choses ont à voir avec le fait que je suis Noir, alors je ressens comme une perversion de la réalité, une forme insupportable d’immoralité, de frivolité. D’ailleurs ces occasions sont bêtes et méchantes, ce sont celles dont on parle, et qui deviennent ainsi pas graves – alors qu’en général, la chose est froide, insidieuse et bénigne – pire donc, puisque si vous la combattez, vous avez l’air d’un goujat. Totalement perturbant.

Je lis, il y a quelques années, des auteurs noirs américains, Du Bois, Baldwin, Ellison, et il m’arrivait parfois de les trouver un peu irritants, leur écriture étant si liée au fait d’être noir. Je comprenais ce qu’ils disaient, parce qu’ils disaient des choses réelles, qu’ils avaient un bon sens extraordinaire, et une vision si patiente et attentive, une voix si respectueuse de la sensibilité et du jugement du lecteur, de quelque horizon qu’il vienne. Mais il m’arrivait de regimber. Je n’oserais plus, sentant à présent (et non pas simplement comprenant) quelle croix ils durent porter, quelle croix durent porter tant d’hommes et de femmes de qualité, pour être nés noir, pour grandir noir, vivre noir, et même, entrer à la Maison Blanche – noir, aux Etats-Unis. Et certes, vivre noir n’est pas une si grande peine pour certains, parce qu’on s’y fait, qu’on a résolu de ne pas trop le sentir, puisqu’il faut bien travailler, s’amuser, vaquer. Mais il y a toujours ces moments où ça craque, et l’on voudrait tellement être ailleurs. J’admire les Noirs américains parce qu’ils ont dû inventer cet « ailleurs » précisément là où ils sont, contre des vagues de découragement, des vagues accablantes, et qui jamais ne s’arrêtent. Du Bois fuit au Ghana, Baldwin, Wright en France (où ils pouvaient du moins ne pas voir la chose froide). Ils étaient simplement fatigués. Pour nous autres Africains, tout ceci est peut-être sans importance ou sans urgence. Nous pouvons toujours « bouger », retourner, ou si nous nous sommes installés en Occident (car il ne s’agit pas que d’Amérique), nous pouvons toujours nous échapper par les souvenirs récents, les connexions vivantes. Et pourtant, la fatigue est toujours là, prête à nous saisir – quelqu’un l’a bien dit à la fin de cet article :

http://www.thegrio.com/politics/some-blacks-see-racism-in-birther-questions.php

Now the President of the United States too is a victim of the “PWB” misdemeanor (PWB: President While Black). Your documentation, Mr. President ! Some hopeful souls saw in the election of a Black man (for such is Obama considered in the United States, his mother being a very trivial detail) to the presidency of the country a sign of progress toward the end of American racism. The racists saw it otherwise. They thought something like this, which is a summary of a variety of things I actually heard, including sometimes right in front of me: “Good God, now we have here at the White House an incompetent negro who’s gonna turn our country into a third world mess (this paraphrases something I heard at breakfast in a Accra hotel, from a loquacious tea-party White fifty-something. Oddly enough, the hotel was called Hotel Obama); we must take our country back. Besides, clearly Obama isn’t American. He’s Muslim, not American; he’s been to Harvard, not negro American; he seems too confident about his roots, not negro American surely; plus he’s Black, and he’s at the White House, not on a basketball field; besides he plays basketball at the White House, not golf, not tennis, that must keep him away from working on budget papers; well as an American negro, he must have spent his time playing ball when he was a kid, and then you tell me he has all those degrees? What with all the ghetto drug? I wanna see his birth certificate, long form, real thing; I wanna see his transcripts, why is he hiding his transcripts? I absolutely got to see’em! And good lord, I absolutely want to see him out of the house!”

I feel the deepest admiration for Black Americans. Well, I admire the United States, and there are certainly many more things there that I love, than there are that I hate. The Americans are the most tolerable of Westerners, in terms of simple individual contacts. Perhaps they’re a bit too superficial in general, in this sphere, but their friendliness is so relaxing, compared to the rudeness of the French or the coldness of the Brits. Besides, there is something about the way they order things, something more logical and flexible, that I find more palatable than anything to be found in other Western countries, that is, the types of countries that may be compared to theirs. I think I’d rather live in the United States than in any European country. But I wouldn’t want to live there – being an African. One feels detested, scorned, frightening, rejected, but that is not really the alarming part. These things can happen everywhere, and they don’t happen everyday in the United States. One feels not admitted, not accepted, which is already almost unacceptable. But the main thing is that one feels Black, and not simply human, and that feeling is incredibly exhausting. When I recognize that I am detested, scorned, rejected, because of some true or perceived human failings, I take it. When I see that it is so because I am Black, then this turns into something else, a perversion of reality, an unbearable form of immorality or frivolousness. These instances are the stupid and nasty ones, the ones that are chatted out of importance – but mostly, the thing is cold and insidious, and benign – worse, since if you fight it, you look an asshole. Thoroughly disturbing.

Some years ago, I used to read Black American authors, Du Bois, Baldwin, Ellison, and sometimes, I would get a bit worked up at the fact that their writing was so infused in their blackness. I understood very well what they were saying, because they had so many facts, and they had such an extraordinary common sense, their vision was so patient and cautious, their voice so respectful of the sense and sensibility of the reader, from whatever horizon. However, I sometimes balked. I’d no longer dare, feeling now (and not just understanding) what heavy cross they bore, what heavy cross so many fine men and women had to bear, for being born Black, growing up Black, living Black, and even, getting into the White House – Black, in America. And I know that living Black isn’t such a heavy cross for some, when they get used to it, or decide not to make too much of it, because, hey, one has to work, have fun, drift around like everybody. But there are always those moments when the whole damn thing creaks off, and one wish to be really somewhere else. I admire the Black Americans because they have had to invent that “somewhere else” exactly where they are, against tides of discouragement, relentless, disheartening tides. Du Bois fled to Ghana, Baldwin, Wright, to France (where they could pretend not to see the cold thing at least). They were simply tired. For us Africans, the issue is perhaps less important, less urgent. We can always leave, go back, or even when we’ve settled in the West (for this is not just America), we can always get out of it through fresh memory and living connection. But still, the exhaustion always creeps on – and someone said it quite well at the end of the following:

http://www.thegrio.com/politics/some-blacks-see-racism-in-birther-questions.php

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