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Impertinence de la Une/The Irrelevance of Headlines

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Les choses les plus importantes, celles qui font, comme dirait Jean-Jacques, pencher l’axe du globe sur l’axe de l’univers, ne font pas la une des journaux. En fait, les événements sensationnels qui font la une des journaux sont, bien souvent, l’écume déposée sur la berge par des transformations capitales qui eurent lieu dans le silence des abysses. Et bien souvent, également, cette écume n’est que l’émissaire chatoyant et murmurant d’un courant qui se meurt. Les événements déconcertants de la Côte d’Ivoire et de Libye nous rappellent les agressions gratuites du dix-neuvième siècle qui permirent aux républiques française et italienne d’établir leur domination sur ces territoires. Par pur ennui ou amusement peut-être, Nicolas Sarkozy décida, il y a quelques mois, qu’il était grand temps de se débarrasser de Laurent Gbagbo – lui qui avait pourtant adoubé l’encore plus illégitime Ali Bongo au Gabon – sans qu’il paraisse même que l’ambitieux politicien ivoirien ait de quelque façon que ce soit menacé les intérêts de la France (il avait finalement accepté d’affermer le port d’Abidjan à Bolloré, ami financier de Sarkozy, il maintint la filière café-cacao dans son état favorable aux acheteurs occidentaux, au défi des résolutions de la CEDEAO, et la communauté des expatriés français à Abidjan baignait dans des opportunités sans limite). Sarkozy communiqua cette intention à Gbagbo par voie télévisuelle et mit sa menace à exécution quelques mois plus tard. On ne gaspillera pas de larmes sur la chute de Gbagbo, qui n’avait rien de particulièrement admirable pour dire le moins, mais on comprendrait les sentiments ulcérés ou consternés de certains intellectuels africains, persuadés que cet événement était un acte impérial, et que la France demeure encore, en Afrique francophone, la force inexorable qu’elle fut tout au long du siècle dernier. L’action en effet n’est pas inédite, et semble pouvoir être cataloguée dans le même lot d’interventions néocoloniales directes, comme la capture de Manuel Noriega par un commando américain ou la déportation de Jean-Bertrand Aristide à travers une collusion franco-américaine. Une collusion similaire semble par ailleurs s’ingénier à faire tomber le colonel Kadhafi en Libye, ou du moins à ruiner la Libye.

Mon impression, pourtant, est que si la capture de Noriega, la déportation d’Aristide et d’autres agissements de même type qui furent moins spectaculaires cependant, étaient des manifestations claires et distinctes de l’hégémonie occidentale, il n’en est pas de même des événements plus récents. Plus précisément, ils ont certainement en eux la « force portée » des modifications cataclysmiques (dans l’ordre des relations entre les peuples) qui propulsèrent les pays industrialisés du dix-neuvième siècle aux postes de puissance planétaire. Mais c’est une force en épuisement, qui, par conséquent, n’est plus capable de créer un « ordre des choses », ce qui est la fonction essentielle d’une hégémonie.

Ce qu’il faut comprendre à cet égard, c’est que l’intervention armée directe est un problème pour un pouvoir hégémonique. L’hégémonie façonne le monde à travers une combinaison de normes actives et de pressions physiques plutôt grises – à travers des mécanismes financiers et la dépendance établie par les politiques d’assistance technique et politique. Lorsqu’une puissance hégémonique est contrainte d’user de la force physique directe pour maintenir l’ordre dont elle est le garant, elle doit ensuite être en mesure de circonscrire rapidement le désordre forcement créé par cette procédure exceptionnelle et généralement « hors norme ». De manière générale, du reste, la puissance hégémonique préférera l’action couverte à l’action ouverte, à laquelle elle n’aura recours que par faillite d’autres mesures. Et toute faillite signale, naturellement, une limite de puissance. Lorsque la procédure exceptionnelle ne corrige ni les faillites qui l’ont motivées, ni le désordre conséquent, l’hégémonie est atteinte. Elle s’efforcera de survivre, et pourrait être sauvée (quoique sous une forme diminuée) en l’absence d’un rival convaincant, de la proposition d’une hégémonie alternative. Une telle chose est arrivée à la France en Afrique francophone dans les années 1990, et aux Etats-Unis au Moyen-Orient dans les années 2000. L’annus horribilis de l’hégémonie française en Afrique francophone, après laquelle elle est sortie considérablement diminuée, est 1994. Cette année-là, et en dépit du recours à un crime contre l’humanité (violant donc une norme active centrale de l’hégémonie occidentale) à travers la protection et l’assistance accordée à des milices et à des populations génocidaires, la France a été incapable de préserver son influence géopolitique dans la région des Grands Lacs et au Congo ex-Zaïre. Sa tentative de le faire n’a conduit qu’à une guerre de grande ampleur et de longue durée, qui a complètement débordé ses moyens militaires, logistiques et financiers. Elle a donc plié bagage dans le discrédit le plus complet. La même année, incapable de réformer la zone franc et de renforcer ses économies, la France qui, tout au long des années 1980, avait clamé qu’elle maintiendrait la parité entre le franc français et le franc CFA, abdiqua devant les pressions du Fonds Monétaire Internationale et dévalua le franc CFA, non sans avoir déconnecté le franc français du système deux ans auparavant. Les pays de la zone franc, qui connaissaient alors une récession sans équivalent (comparable seulement à celle vécue, ces années là, par les Etats qui avaient succédé à l’Union soviétique), se trouvèrent donc confrontés à une certaine inutilité de l’hégémonie française. Cependant, ils n’avaient pas d’alternative, et après avoir développé une rancœur légitime contre leur puissance tutélaire, ils durent pourtant demeurer sous son ombrelle.

Au Moyen-Orient, il est arrivé, aux Etats-Unis, une aventure similaire à celle de la France en Afrique centrale, bien que les Etats-Unis aient plus de « staying power » que la France, et peuvent prétendre sauver la face. Néanmoins, si l’on compare leur influence au Moyen-Orient avant et après les affaires d’Irak et d’Afghanistan, on en mesurera facilement le vertigineux déclin – avec un soutien provenant maintenant essentiellement de l’absence d’alternative et de la division de la région entre les pôles rivaux de l’Arabie saoudite et de l’Iran. (Très ancienne division, datant du seizième siècle, lorsqu’elle commença à opposer l’Iran safavide à l’Empire ottoman et au royaume sunnite des Ouzbeks).

En apparence, pour ce qui est de la Côte d’Ivoire du moins, l’hégémonie occidentale a réussi à s’affirmer. Laurent Gbagbo n’était pas une menace pour l’ordre capitaliste qui en forme la base économique, mais il représentait une source d’instabilité, à travers son échec à consolider son pouvoir dans le pays, en dépit de l’opportunité qui lui en avait été donnée en 2001 et des efforts méritoires qu’il a fournis par la suite – allant jusqu’à épouser une femme du « Nord » pour se concilier les sympathies d’une région que les dirigeants d’Abidjan s’était absurdement ingéniés à s’aliéner vers la fin des années 1990. La Côte d’Ivoire était la pièce maîtresse de l’hégémonie française en Afrique de l’Ouest, et le « cas Gbagbo » mettait en péril l’usage de cette pièce. Initialement, la menace venait des idées sincèrement nationalistes et socialistes de Gbagbo, mais ce dernier s’était graduellement laissé acquérir aux principes de l’hégémonie française, et on pouvait concevoir, à Paris, qu’il devienne l’indispensable allié d’Abidjan. La condition matérielle pour une telle évolution était cependant une consolidation du pouvoir de Gbagbo, consolidation rendue extrêmement compliquée par les ambitions d’Alassane Ouattara et sa propre puissance établie dans le nord, et appuyée au Burkina Faso. Pour trancher cette situation, on eut recours à une norme active de l’hégémonie occidentale, la consultation électorale. Gbagbo s’était vanté, à la veille des élections, de « gagner ou de gagner ». En réalité, c’est Sarkozy qui aurait pu dire cela avec plus de raison : le vainqueur de l’élection, qu’il ait été Gbagbo ou Ouattara, aurait été aussitôt soutenu par la France, puisqu’aucun des deux candidats ne menaçait ses intérêts. Une fois cependant le gagnant désigné, il était impératif, pour la France, que la norme électorale soit respectée, afin de restaurer la Côte d’Ivoire à son usage traditionnel au plus tôt. En refusant de respecter la norme électorale, Gbagbo créa un obstacle pour cet objectif, et devait dès lors être enlevé. L’attitude de Sarkozy n’était donc pas, comme je feignais tantôt de le supposer, le fruit de l’ennui et de l’amusement.

Le cas libyen est plus compliqué pour l’hégémonie occidentale, car la Libye de Kadhafi n’était pas un Etat de clientèle hégémonique et était une sorte d’électron libre (ou un Etat voyou comme dirait, à juste titre d’ailleurs, le jargon hégémoniste des Américains) qui d’ailleurs a, par le passé, divisé la France et les Etats-Unis (lorsque François Mitterrand refusa aux Américains l’autorisation de survoler le territoire français pour aller bombarder la résidence de Kadhafi, créant un retard de l’opération qui contribua à sauver la vie du colonel).

Quoi qu’il en soit, ces désordres – qu’ils continuent à puruler comme en Libye ou qu’ils soient circonscrits comme en Côte d’Ivoire – surviennent à une époque où une alternative hégémonique se dessine avec de plus en plus de précision, et de façon plus décisive que ne le fut, jadis, celle de l’Union soviétique. Ecumes d’une force ancienne, elles seront bientôt prises dans les remous occasionnés par l’émergence d’une force nouvelle.

La nouvelle qui ne fut pas à la une est la suivante : il y a deux semaines, le Fonds Monétaire International a placé sur son site web une prévision officielle qui indique qu’en 2016, l’économie chinoise aura dépassé celle des Etats-Unis. En terme de parité de pouvoir d’achat – la mesure d’expansion économique la plus réaliste sur le long terme – l’économie chinoise, qui pèse en ce moment 11,2 millions de milliards de dollars US, devrait peser, en 2016, 19 millions de milliards de dollars US. La part de la production globale de l’économie mondiale pour la Chine serait alors de 18%. En comparaison, les Etats-Unis passeraient, en termes de parité de pouvoir d’achat, de 15,2 millions de milliards de dollars US à 18,8 millions de milliards, et leur part de la production de l’économie mondiale culminerait à 17,7%. Bien entendu, la prévision du FMI n’est pas une prédiction exacte. La Chine pourrait dépasser les Etats-Unis un peu après la date prévue, ou peut-être un peu avant, mais la dynamique de dépassement est inéluctable. Il suffit, pour s’en rendre compte, de se rappeler qu’il y a seulement dix ans, l’économie américaine était trois fois plus lourde que celle de la Chine !

La montée de la Chine ne crée pas – comme des désordres en Afrique ou au Moyen-Orient – des perturbations de l’ordre hégémonique. Elle atteint les mécanismes même du pouvoir hégémonique,  (1)par l’impossibilité d’inclure la Chine comme pièce de l’hégémonie (ce qui fut réalisé dans le cas du Japon et de l’Allemagne en 1945) et (2) à cause des performances supérieures de la Chine (à l’opposé de ce qui s’est produit dans le cas de l’Union soviétique). On ne voit pas notamment comment les Etats-Unis pourraient parvenir à maintenir le statut du dollar à partir d’un certain fossé entre sa puissance économique et celle de la Chine. Une fois le statut du dollar dégradé – ce qui est une question de moyen terme – les Etats-Unis ne pourront plus continuer à exploiter leur marché des bons du trésor géant et leur recours impuni à la planche à billet pour gérer leur déficit et leur dette. En d’autres termes, ils ne pourront plus bénéficier des privilèges financiers qui leur permettent de contrôler les institutions-piliers de leur système hégémonique (FMI et Banque mondiale). La cascade de conséquences est presque infinie dans ses détails, et signifient, dans tous les cas, la fin d’une ère. Le passage du magistère britannique au magistère américain en 1945 ressemble au passage du magistère américain au magistère chinois qui se prépare, avec cette différence pourtant que la Grande-Bretagne et les Etats-Unis se sont succédés à la tête du même système hégémonique, centré sur l’Atlantique nord. Il n’en est pas de même de la translatio imperii chinoise : nous sommes ici en présence d’une alternative hégémonique, non pas d’une succession hégémonique.

Il y a eu une certaine présence, encore retenue, de la Chine dans les crises ivoirienne et libyenne. La Chine ne s’est pas associée à l’intervention hégémonique en Côte d’Ivoire, et si cela n’a pas eu de conséquence pratique immédiate, cette attitude a en fait limité les possibilités, pour l’Occident, de circonscrire le désordre conséquent. Pour une bonne partie du public africain, la chute de Gbagbo aurait ainsi tout à voir avec la volonté de la France d’empêcher l’accès de la Chine au pétrole des larges de la côte ivoirienne. Rien en fait n’indique que tel ait été le cas, mais l’existence et l’influence de la Chine permettent une telle notion dommageable pour les apparences de l’hégémonie occidentale – notamment l’idée que l’intervention française serait motivée par la défense de la démocratie. De même, plusieurs analystes soutiennent de manière convaincante que la ruine de la Libye kadhaffienne, orchestrée par l’Occident, est aussi et surtout la ruine de l’implication de plus en plus approfondie (et discrète) de la Chine dans le fonctionnement de l’économie libyenne.

Il semble par ailleurs que l’Afrique sera un terrain important de la lutte hégémonique entre la Chine et l’Occident. Les Africains auraient intérêt à savoir s’organiser par rapport à cette perspective. Verra-t-on  jour ces deux phrases en une d’un journal?

The most significant things, those things which, as would say Jean-Jacques Rousseau, tilt the axis of the globe upon the axis of the universe, do not make the headlines. In fact, the sensational events which make the headlines are quite often only the foam that has been sent up to soak the shore by momentous developments in the abyss. And again, quite often, that foam is only the glittering, burbling emissary of a dying current. The disconcerting events in Cote d’Ivoire and Libya remind us of the gratuitous aggressions of the nineteenth century, through which the French and Italian republics established their dominion over these lands. Perhaps out of boredom, or for the sheer fun of it, France’s president Sarkozy decided, some months ago, that it was high time to get rid of Cote d’Ivoire’s Laurent Gbagbo – even though he had previously anointed the egregiously illegitimate Ali Bongo in Gabon –without even a hint that the pushy Ivorian politician was in any way threatening France’s interests (he had finally accepted to contract out the management of the port of Abidjan to French businessman Bolloré, a money crony of Sarkozy, he kept the coffee-cocoa sector in its Western-capital-friendly condition, thereby challenging the goals of West Africa’s regional club, the ECOWAS, and the French expatriate community in Abidjan was basking in unending opportunities). Sarkozy conveyed his intentions to Gbagbo via a television channel and did as he said a few months later. Let us not waste tears on Gbagbo, a man with nothing very admirable about him; but one would easily understand the feelings of rage and depression of those African intellectuals who think this event is an imperial gesture, and that France still is today, in Francophone Africa, the inexorable force it had been all through the last century. Indeed the action is not unprecedented, and it looks like it can be put in the same category as straightforward neo-colonial interventions, such as the seizure of Manuel Noriega by an American commando or the deportation of Jean-Bertrand Aristide by a Franco-American operation. A similar operation seems today to be hard afoot to topple Colonel Kadhafi in Libya, or at least to wreck Libya.

Yet I am under the impression that while the capture of Noriega, Aristide’s deportation and sundry other dealings of the this kind and of a less dramatic cast, were clearly and distinctively manifestations of Western hegemony, that is not the case of the more recent events. More precisely, those events certainly bear in them the drive of the cataclysmic shifts (in the order of relations among the world’s peoples) that propelled the countries that had industrialized in the nineteenth century at positions of global might. But this is a spent drive, which, as a result, is no longer able to create an order of things, that is to say, to fulfill the vital function of hegemony.

What ought to be understood in this regard is that direct armed intervention is in fact a bad thing for a hegemon. Hegemony shapes the world through the combination of active norms and unobtrusive physical pressure mechanisms – financial instruments, dependence created by technical and political assistance policies. When a hegemon is compelled to resort to direct physical force in order to maintain the order of which it is the steward, it must be able to then move quickly to put off the disorder that the exceptional, standard-breaking procedure has thus created. In general, the hegemon would rather act covertly than overtly, and would do the latter only as a result of the failure of other measures. And of course, a failure is always the sign of a limitation in power. When the exceptional procedure is unsuccessful in correcting both the failure which caused it and the resulting disorder, then hegemony is harmed. It will strive to survive and may be salvaged (although in a diminished form) when there is neither a viable rival nor an alternative hegemonic agenda. This happened to France in Francophone Africa in the 1990s, and to the United States in the Middle East in the 2000s. The annus horribilis for French hegemony in Francophone Africa – after which it emerged considerably weakened – is 1994. That year, and in spite of resort to a crime against humanity (violating therefore a central active norm of the Western hegemony) through the protection and help extended to genocide-committing militias and populace, France was unable to keep intact its geopolitical influence in the Great Lakes region of central Africa and in the Congo (former Zaire). Its attempt to do so only ended in sowing the embers for a protracted, high intensity, war, which completely overwhelmed its military, logistical and financial capabilities. It therefore folded out in disgrace. The same year, unable to reform the Franc Zone and to buttress its economies, France, which all through the 1980s had maintained that it would uphold the parity exchange rate between the French franc and the CFA franc, bowed to the pressures of the International Monetary Fund and devalued the CFA franc, after having safely delinked its currency from the system two years prior. The countries in the Franc Zone, which were then in the throes of a massive recession (to be compared only to the one in which the Soviet Union’s successor states were then writhing), discovered that French hegemony was not a very useful thing in days of need. However, they had no alternative, and after having grown a sensible resentment against their tutelary leader, they yet had to stay under its tent.

The United States suffered in the Middle East something similar to that which happened to France in Central Africa, even though having a greater staying power than France, they can at least try to save face. Nonetheless, if one compares their influence in the Middle East before and after the business in Iraq and Afghanistan, one can easily measure its steep decline – with now support coming essentially from the lack of a viable alternative, and from the region’s division in the rival poles of Saudi Arabia and Iran. (A very old division, harking back to the sixteenth century, when it started to oppose Safavid Iran to the Ottoman Empire and the Sunni kingdom of the Uzbeks).

In appearance, at least in the case of Cote d’Ivoire Western hegemony has successfully reasserted itself. Laurent Gbagbo was not a threat to the capitalist order which forms its economic basis, but he was a source of instability, owing to his failure at consolidating his power in the country, despite the opportunity given him in 2001 and the serious efforts he had since then deployed – going to the lengths of marrying a woman from the “North” in order to gain the sympathy of a region which Abidjan’s rulers had absurdly persisted to alienate in the late 1990s. Cote d’Ivoire is the key to French hegemony in West Africa, and the Gbagbo case was spoiling that key. Initially, Gbagbo appeared threatening through sincerely upholding nationalist and socialist ideals, but he gradually assented to the tenets of France’s hegemony, and Paris started to see him as the new incarnation of the indispensable France’s man in Abidjan. In order for that to be, though, Gbagno had to consolidate his power, a task rendered extremely difficult by the ambitions of Alassane Ouattara and the fact that the latter had a sturdy power base in the north, supported by Burkina Faso. To solve the quandary, resort was made to an active norm of Western hegemony: elections. Gbagbo bragged, on the eve of the voting, that he “will win or win”. In fact, Sarkozy is the one who could have said this with much more truth to it: regardless of who won, France would be happy to support him, since neither candidate threatened its interests. However, once the winner was declared, it was imperative, for France, that the electoral norm be respected, so as to at long last restore Cote d’Ivoire to its traditional functions. By refusing to respect the electoral norm, Gbagbo created an obstruction and had to be removed. So Sarkozy’s behavior was not– as I pretended to believe – the result of boredom or taste for an outlandish type of fun.

The Libyan case is more complicated for the Western hegemony, for Kadhafi’s Libya was not a state living in hegemonic clientage, it was rather a maverick state (the United States’ hegemonic lingo would say, a rogue state, and deservedly so) which had in fact in the past divided France and the United States (when French president François Mitterrand refused to let American planes fly over French territory in a mission to bomb Kadhafi’s home, thereby creating a delay that in all probability saved the skin of the colonel).

Whatever the case, these disorders – whether still festering as in Libya or already fenced off as in Cote d’Ivoire – occur at a time when a hegemonic alternative is shaping up ever more precisely, and in more authoritative ways than did the Soviet Union in days of yore. The foam of an older force, they will soon be taken in the swirls and eddies caused by the rise of a new force.

The news that didn’t make it to the headlines is this one: two weeks ago, the International Monetary Fund posted on its website an official forecast which indicates that the Chinese economy would overtake the American economy in 2016. In purchasing power parities terms – a most realistic long run measurement of economic expansion – the Chinese economy, which is now worth 11.2 trillions USD, would be worth 19 trillions USD in 2016. China’s share of the world’s output would then be 18 percent. In comparison, the United States would climb, in terms of purchasing power parity, from 15.2 trillions USD currently to 18.8 trillions USD in 2016, while its share of the world’s output would plateau at 17.7 percent. Of course, the IMF’s forecast is no infallible prediction. Meaning, China might overtake the United States a bit after the date forecast, or perhaps a bit before – but the overtaking will happen. Let us remember that only ten years ago, the American economy was worth thrice the Chinese!

The rise of China does not cause – as do disorders in Africa and the Middle East – disturbances in the hegemonic order. It gets to the very machinery of hegemonic might, (1) through the impossibility of including China as a cog in the machinery (which was effectively done for Japan and Germany in 1945) and (2) owing to China’s superior achievements (in contrast to what happened in the case of the Soviet Union). In particular, one does not see how the United States would be able to maintain the status of the dollar when a certain gap would have appeared between their economic weight and that of China. Once the status of the dollar downgraded – which will happen in the medium run– the United States will no longer be able to exploit their gigantic treasury market and print money at will to run a deficit and manage their debt. In other words, they will lose the financial privileges thanks to which they can easily control the pillar institutions of their hegemonic system (IMF and World Bank). The cascade of consequences is almost infinite in the details, and means, at any rate, the end of an era. The transfer of British leadership to American leadership in 1945 looks like the impending transfer of American to Chinese leadership, with the difference, though, that the United States succeeded Great-Britain at the helm of the same hegemonic system, centered on the Northern Atlantic region. Such is not the case of the Chinese translatio imperii: here, we have a hegemonic alternative, rather than a hegemonic succession.

There was a certain Chinese presence – one still of a low-profile character – in the Ivorian and Libyan crises. China pointedly disassociated itself from the hegemonic intervention in Cote d’Ivoire, and while this had no immediate practical consequences, that attitude had in fact constrained the ability of the West to restrict the resulting disorder. For a good deal of the African public, the fall of Gbagbo would thus be related to France’s desire to force the Chinese out of the Cote d’Ivoire’s offshore oilfields. Nothing in fact indicates that such was the case, but China’s very existence and its influence prompt this notion, which is harmful to the appearances of Western hegemony – notably the idea that the French intervention would have been motivated by concern for democracy. Similarly, many analysts convincingly contend that the destruction of Kadhafi’s Libya, orchestrated by the West, is also and chiefly the destruction of the ever deepening (and discreet) links connecting China to the operation of Libya’s economy.

Besides, it looks as if Africa will be an important battlefield for the hegemonic squabble between China and the West. Africans have all interest in getting well organized in this respect. Fancy a newspaper with these two lines as its headline.

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